27 novembre 2007

D/10 : Non-lieu !

A1cria

Dès que Sarah avait débarrassé le plancher, André s’était mis en devoir de tirer au clair toute cette affaire de militaire, de tarte aux fruits rouges et de mains serrées…. Oui-bon, le dossier d’accusation était un peu maigrichon, il devait bien l’avouer, mais fallait bien faire avec les éléments de l’enquête. Pas sa faute si la bonne  faisait un piètre agent double.
Mais où était donc passée Vilma ? Il avait parcouru toute la maison en vain, elle n’était ni au rez-de-chaussée, ni dans la salle de bain des enfants ni dans la chambre d’Hervé.
- VILMA !! Cria-t-il d’un ton autoritaire, Vilma où tu te caches, bon sang ?!

A1jardin

Croyez qu’elle se donnerait le mal de répondre ? Il fallut qu’il aille la dénicher au fin fond du jardin derrière la maison. Il attaqua d’emblée :
- Ah, te voilà, quand même !
Au ton de sa voix, elle sentit qu’il y avait de l’orage dans l’air.
- Tu me cherchais, Loulou ? demanda-t-elle l’air innocent.
Mais c’est pas à André qu’on allait apprendre qu’il ne faut jamais se fier à l’air. Il connaissait la chanson.

A2connard

Il retint la question qui lui brûlait les lèvres : C’était qui ce connard à qui tu cuisines des tartes aux fruits rouges alors que moi,  j’ai droit au chou rouge et aux brocolis immangeables ?
Nan, trop long ! La tarte aux fruits rouges, ça pouvait attendre. C’était qui ce connard ? suffirait dans un premier temps.
- Quand je rentre du travail alors que t’as eu toute la journée pour glandouiller sur le canapé, j’aimerais bien te trouver à la maison pour m’accueillir, accusa-t-il.
Cherchez pas le rapport, y en a pas. Ca c’était la tactique André : ruser, ne pas attaquer l’ennemi de front, ne pas dévoiler toutes ses batteries. Et puis parler de tarte aux fruits rouges dont il n’était pas censé avoir connaissance, c’était avouer implicitement qu’il avait un espion dans le nid conjugal.

A2enumere

- Glandouiller sur le canapé ! riposta Vilma. Ah, j’aimerais bien, tiens ! Tu veux que je t’énumère tout ce que j’ai fait aujourd’hui ?!
Ah-oui, tiens, bonne idée ! On allait voir si elle allait lui parler du beau militaire.
- Je me suis tapé le nettoyage de la niche et des paniers, j’ai donné le bain aux chiens, j’ai nettoyé les mares de pisse qu’ils avaient fait sur le trottoir, j’ai donné le biberon à Hervé… t’en as assez ou je continue ?
Elle embraya sans attendre la réponse : j’ai fait le parcours du combattant, -je parie que t’as même pas remarqué qu’on m’avait livré ma récompense professionnelle- j’ai changé Hervé, bien que je déteste ça, je lui ai redonné le biberon… tu sais combien de biberons ça s’enfile un nouveau-né ? Tu veux que je te fasses le compte ?
Nan-nan, ça suffisait de tourner autour du pot. Fallait crever l’abcès maintenant.

A2explications

Il explosa :
- Parce que tu crois que moi je me suis reposé, peut-être ! Tu sais ce que c’est de se farcir les clients du restaurant ? Est ce que je te parle du mal de dos que je me paye à force de faire des courbettes ? Est ce que je te parle des casse-couilles à qui il manque toujours quelque chose : du pain, de l’eau, du sel, du poivre, de la moutarde... de ceux qui mettent une plombe à se décider entre les crevettes au citron vert et le poulet rôti, pendant que tu fais le pied de grue avec ton carnet à la main. Quand ils te demandent pas de leur détailler la recette du chef par le menu pour finir par commander un plat de macaronis au gratin.
Il gesticulait dans tous les sens, levait les bras au ciel, haussait le ton… l’avait tout l’air du type au bout du rouleau, excédé par une dure journée de frustrations.

A2mine

BON ! Ca commençait à bien faire, le cinéma ! Les démêlés d’André avec les clients, elle n’avait pas à en subir les conséquences. Mais si c’était à cause de ça qu’il était remonté comme un réveil, l’allait falloir qu’il se calme ! 
En femme avisée, elle fit mine de compatir.
- T’énerve pas mon Loulou. Je sais bien que c’est pas toujours facile. Mais que veux-tu, chacun sa croix.
Et sur ces bonnes paroles, elle le planta dans le jardin et rentra à la maison.

A2passer

Ah-mais nan ! Ce procès prenait une drôle de tournure. C’était pas du tout comme ça qu’il avait envisagé les choses. Depuis quand on voit l’accusée quitter le box lavée de tout soupçon, sans que le juge ait eu le temps de prononcer la sentence ? Avant même qu’on ait pu poser la question : avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense ? On n’avait même pas effleuré les motifs d’accusation. C’est tout dire.
Bon, fallait admettre qu’il avait mal mené le bazar. Il s’était un peu égaré dans des voies parallèles qui n’avaient que peu de rapport avec l’affaire, pour pas dire aucun. Maiiiiis il n’était pas encore trop tard pour redresser la barre.
- Vilma ! Vilma attends-moi ! Te sauve pas ! lança-t-il en lui emboîtant le pas.

A3bouquin

Il la retrouva en train de lire un bouquin, comme quelqu’un qui aurait eu la conscience tranquille.
- Heu… Sarah devrait plus tarder à rentrer maintenant. Serait peut-être temps de faire la cuisine, insinua-t-il, espérant par ce biais revenir à la tarte aux fruits rouges et en remontant le fil, aboutir à la question cruciale. Mais Vilma ne l’aidait pas vraiment.
- Pas la peine ! Il reste des côtes de porc de ce midi dans le frigo, annonça-t-elle en continuant à lire, imperturbable.

A3cotes

Des côtes de p… avouez que fallait se retenir de lui sortir : Et de la tarte aux fruits rouges ? N’en reste pas de la tarte aux fruits rouges ?! C’est réservé à l’autre connard ? Et d’ailleurs, c’était qui, ce connard ?!
Bien lui prit de garder sa langue, car Vilma, toujours tranquille, annonça :
- Tiens au fait, comme tu t’en occupais pas, j’ai vendu Karma.

A3Karma

- Karma ? Tu te fiches de qui, là ? Elle était encore dans le jardin, y a pas cinq minutes, releva André qui avait entrepris de mettre la table à contre-cœur. Décidément, elle avait pas compris qu’il était l’heure de manger et pas de bouquiner, nom d’un chien !

A3que

- Si tu me laissais le temps de t’expliquer, tu comprendrais, coupa Vilma. J’avais parlé à un collègue de travail qu’on cherchait à la vendre et il est venu m’annoncer qu’il avait trouvé un acheteur.
- Il pouvait pas venir lui-même, l’acheteur ? répliqua André, toujours soupçonneux.
Vilma, pas démontée pour deux sous :
- Nan, il pouvait pas ! Mais ils ont discuté du prix et il est d’accord, pour 4000$. J’ai dit que nous en voulions 5 000$, on en débattra quand il viendra la chercher demain matin. Du coup, j’ai fait un gâteau pour mon collègue. Nous débarrasser de ce boulet, on lui devait bien ça.

A3restait

Oooh qu’il avait eu le nez fin de ne pas entamer le procès ! Oooh qu’il aurait eu l’air bête ! Tout s’expliquait : C’était bien un collègue de travail, et ce que racontait Vilma corroborait les dires de la bonne. Celle-là, il lui en toucherait deux mots à la première occasion. C’était quoi ces façons d’insinuer le mal ? Elle avait bien besoin d’insister sur le fait qu’il était beau gosse le collègue… tiens, Vilma avait omis ce détail IMPORTANT. L’allait quand même falloir surveiller ça de près. Mais pas maintenant, parce que Sarah-Poupougne était rentrée se jetant sur cette cochonnerie de côtes de porc au chou rouge et aux brocolis comme si c’était du homard.
- Miam ! Des côtes de porc, mon régal !

A4ballade

- Ca s’est bien passé ta ballade ? T’as fait de nouvelles rencontres ? Interrogea André.
- Ouais, je m’a fait une copine.
- Dans le quartier ? s’enquit Vilma. Comment elle s’appelle ta copine ?
- Chloé Pullaire. Sa mère elle travaille dans la police et son père… chais pô trop ce qu’il fait, précisa Sarah. Peut-être qu’il travaille pô, ou alors il était en congés, parce qu’il nous a montré à sauter dans les flaques. Moi je savais déjà, ajouta-t-elle fière d’elle, mais Chloé, chais pô pourquoi, elle a dit que c’était une bêtise.
- Parce que c’en est une !  appuya André.
Toute trace de fierté effacée, elle lâcha en piquant du nez dans son assiette
- Ah-bon ? Ch’savais pô.

A3betises

- Parce que t’en as jamais fait toi des bêtises, quand t’étais gamin ? accusa Vilma.
Rha, ça ressemblait à quoi de le contredire devant Sarah ? Comme si c’était une raison pour  que les gosses le fassent aussi !
- Nan ! Enfin… quand j’étais gamin, comme tu dis, il pleuvait jamais; je les aurais trouvées où les flaques ? Hein ?!
- T’as jamais sauté dans les flaques de la salle de bain ? T’étais exceptionnel ou tu veux pas t’en souvenir ? TOUS les gamins font ça ! renchérit Vilma.
Et va-z’y qu’elle en remettait une couche ! Il avertit :
- Je sais pas quelle éducation il compte donner à sa fille le Jean-Paul, mais ICI c’est interdit ! Tiens-toi le pour dit, Sarah. Y a d’autres moyens de s’amuser… ta petite gazinière en plastique, par exemple.

A3gaziniere

- Je l’aime pô ma petite gazinière ! C’est juste pour faire semblant, c’est pas drôle ! dit Sarah en sortant de table.
- Tu l’aimes p… mais-nan, c’est pas juste pour faire semblant ! Tu peux te faire cuire des vraies brioches qui se mangent !
Elle lui avait même pas expliqué ça, sa mère ? A quoi elle pensait donc, Vilma ?

A3laver

Sarah piqua sa colère.
- Oui-ben chuis sure-sure que même, c’est pas aussi marrant ! J’en voulais pô de la gazinière, c’est même pô ça que j’avais demandé à mon naniversaire !
- Tu l’as peut-être pas demandée, mais tu l’as ! Et tu vas me faire le plaisir de t’en servir ! Ca va pas faire comme le kiosque à limonade ! rugit André. C’est bien toi qui l’as voulu, le kiosque à limonade ?! Et qui c’est qui va perdre de l’argent quand on va le revendre demain matin ? HEIN ?!!

A3tupeux

- Tu peux pas lui fiche la paix avec ta gazinière ? T’es pas surpris, nan ? Elle te l’avait bien dit qu’elle en voulait pas, insista Vilma.
Ah-ben… ah-ben puisqu’elle trouvait ça bien… Il capitula de guerre lasse.
- Bon, fais ce que tu veux : saute dans les flaques ! saute sur le lit ! C’est pas mon problème. Mais tu viendras pas te plaindre si t’attrapes une suée !

A4baignoire

Il faut reconnaître que parfois, Sarah savait obéir aux ordres de son père avec empressement.

*****************

Posté par fonsine à 16:39 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur D/10 : Non-lieu !

    En effet, Sarah n'attend pas pour exécuter...certains ordres de son père !
    Sacré André !

    Posté par clem22, 27 novembre 2007 à 20:48 | | Répondre
Nouveau commentaire