27 juin 2006
A/1 : Si nous faisions connaissance ?
Les filles n’avaient rien perdu des allées et venues de leurs nouveaux voisins durant leur emménagement, puis Laurène avait entraîné une Sally réticente, de l’autre coté de la rue où les deux jeunes filles partageaient avec trois de leurs amies la location d’une petite maison.
- Tu vois ce que je vois Sally ? Ils sont chez eux, chiche qu’on leur rend une petite visite !
- Han-nan, Laurène, ils viennent juste d’arriver, c’est trop sans gêne. On a bien le temps de faire leur connaissance. On finira bien par les rencontrer un jour ou l’autre.
- Ma pauvre Sally, toi, t’es du genre à crever de soif devant la fontaine. Tu te rends pas compte, cinq garçons ! Un pour chacune d’entre nous, si on sait y faire.
- Nan, je t’assure, qu’est ce qu’ils vont penser ? Ca ne se fait pas de faire les premiers pas comme ça. Viens, on s’en va.
Mais Laurène n’était pas fille à se laisser démonter.
- Tiens, regarde, voilà déjà Vilma qui rapplique. Si on attend trop, les autres seront là d’ici peu de temps. Moi j’ai pas l’intention d’attendre qu’elles aient fait leur choix. On était les premières, c’est à nous de choisir en premier. Si t’as la trouille, je veux bien prendre les devants. On n’a qu’à dire qu’on vient leur souhaiter la bienvenue dans le quartier. Ce sont des choses qui se font, tu sais.
- Nan, Laurène, nan, implora Sally, ce qui n’eut aucun effet sur une Laurène décidée
- Ce que tu peux être empotée ! C’est pas en restant dans ton trou que tu trouveras à te marier. Crois-moi, les célibataires, ça ne court pas les rues. On a la chance d’en avoir juste en face de chez nous, il faut savoir en profiter. Je vais sonner, on verra bien ce qui se passera. Au pire, s’ils nous jettent dehors, on aura eu le mérite d’essayer.
Dans la maison, les garçons mettaient leur premier jour à profit pour essayer de glaner quelques points de compétence. André fut le premier à réagir
- Vous n’avez rien entendu ? J’ai l’impression qu’on a sonné
Miguel Damor, jeta un œil par la fenêtre et aperçut les trois jeunes filles
- Wouaouh, des nanas ! Laissez les gars, vous dérangez pas, j’y vais !
André protesta
- Et pourquoi, toi, Miguel ? C’est moi qui ai entendu la sonnette
- Parce que, toi et Joë vous étudiez la cuisine, qu’Abdoul s’entraîne à parler et que Jean-Paul, on ne sait pas où il est encore fourré. Je suis le seul dispo, c’est pas une bonne raison, ça ?
Un sourire carnassier aux lèvres, il salua Laurène
- Ca, pour une surprise, c’est une bonne surprise ! Vénus en personne est venue frapper à notre porte
- Hi-hi, Vénus, comme vous y allez ! Nan, moi ce n’est que Laurène.
- Laurène… quel prénom charmant. Aussi charmant que celle qui le porte. Que nous vaut le plaisir de votre visite, Laurène ?
- Hé-bien, je suis votre plus proche voisine, et je suis venue vous souhaiter la bienvenue dans le quartier. J’espère que ça ne vous dérange pas.
Vous pensez comme ça le dérangeait. Lui qui n’avait pas arrêté de se plaindre de devoir partager avec un des garçons le lit à deux places qu’il avait tenu à installer dans l’une des deux chambres minuscules. - Me déranger ? Mais pas du tout, au contraire ! Je donnerais cher pour être dérangé tous les jours par une aussi charmante personne. Je me sentais un peu seul justement. Je suis un homme de contact, moi. André s’était empressé de ranger son livre de recettes et se précipita à la rencontre de Vilma. Sally, demeurée en retrait, ne savait pas quelle attitude adopter Elle s’apprêtait à tourner les talons quand Jean-Paul lui avait sauté dessus Sally se sentit soulagée; un beau sourire illumina son visage Jean-Paul la regardait avec bienveillance. Elle s’enhardit à demander De son côté, Miguel Damor avait entrepris de draguer Laurène.
- Et comment je fais, moi, si je ramène une fille ? On fait lit à trois ?
- Rêve pas ! avaient rétorqué les autres, D’ici que tu fasses des connaissances, on aura eu le temps de faire des agrandissements dans la baraque.
Et voilà que le ciel répondait à ses prières en lui envoyant une proie toute prête à tomber dans ses filets de séducteur.
- Heu… comment dois-je vous appeler ?
- Ah, je manque à tous mes devoirs, je ne me suis pas présenté : Miguel Damor, pour vous servir. Mais, tu peux me tutoyer, ajouta-t-il d’un ton engageant.
- Salut, moi c’est André Doniste, je vois que Miguel manque à tous ses devoirs, il a l’air complètement envoûté par votre copine
- Bonjour, moi c’est Vilma. Je passais devant votre maison par hasard quand j’ai aperçu mes amies. Vous allez croire à une invasion
Ce n’était pas que Vilma soit spécialement gênée. N’était-ce pas elle qui avait alerté Donna et Mandy du manège de Laurène : Les filles, faites gaffe, Laurène a entrepris les travaux d’approche. Si on reste les bras croisés, il va nous rester que des miettes. Venez, toutes, nous aussi, on va aller saluer les gars. Mais Mandy, plus réservée, avait décliné l’offre en objectant : On ne va pas aller les envahir dès le premier jour. On aura bien le temps de faire connaissance.
Comme vous voulez, avait répondu Vilma. En tous cas, moi, j’y vais. Pas question de laisser le champ libre à Laurène. Elle savait bien ce qu’elle faisait en demandant à Sally de l’accompagner. La pauvre fille doit être dans ses petits souliers, timide comme elle l’est. Elle avait eu raison, la preuve : André ne semblait pas du tout choqué de les voir arriver à trois.
- Il y a des invasions moins agréables. Si vous voulez vous donner la peine d’entrer, nous pourrons faire connaissance.
- Je n’aurais jamais dû accepter de suivre Laurène. Elle a un de ces toupet ! Qu’est-ce qu’ils vont penser de nous ? On se jette dessus comme si on était en mal de mâles, bougonnait la timide Sally. Regardez-moi ça, Vilma et Laurène ont déjà un garçon pendu à leurs basques, et moi, je fais tapisserie, comme d’habitude. Bon, ben, je crois que je vais rentrer. Voilà ce que c’est que d’être timide. Je n’oserai jamais me jeter à leur tête comme elles le font. J’en profiterai pour faire un tour au commissariat, sait-on jamais, ils auraient peut-être une place à me proposer.
- Hep-là ! Pas si vite, jeune fille, vous n’allez pas partir comme ça ! Je me présente : Jean-Paul Pullaire. Ce n’est pas tous les jours qu’on a le plaisir de recevoir de la visite.
- Enchantée, Jean-Paul, moi c’est Sally. Vous… vous êtes sûr qu’on ne vous dérange pas ?
- Mais au contraire ! Nous venons d’arriver à Felicidad, et nous ne connaissons personne. J’éprouve toujours un grand plaisir à faire de nouvelles rencontres, lui assura Jean- Paul.
- Heureuse de savoir que ça vous fait plaisir. Voyez-vous, mes amies sont un peu… comment dirais-je ? Culottées, c’est le cas de le dire. Vous auriez peut-être préféré qu’on vous laisse tranquilles, le temps de vous habituer un peu dans ce quartier. Nous ne resterons pas très longtemps de toute façon, prévint-elle. Mais Jean-Paul était visiblement ravi de cette visite impromptue.
- Vous pouvez rester le temps que vous voudrez. Je ne commence mon travail que demain. Je vous assure que vous ne nous dérangez pas le moins du monde.
- Vous travaillez dans quelle partie ?
- La politique. Enfin, pour le moment, je me contente de coller des affiches. J’étais conseiller municipal dans mon patelin, ici, il faut encore que je fasse mes preuves. D’ailleurs, si vous pouviez me présenter d’autres personnes. Pour réussir en politique, il vaut mieux être bien introduit.
Ca tombait mal. A part ses quatre amies, elle ne connaissait personne. Elle s’en excusa
- Je ne demanderais pas mieux, mais voyez-vous, il n’y a pas si longtemps que nous-mêmes sommes arrivées à Felicidad.
Jean-Paul ne sembla pas trop déçu.
- C’est un joli nom, Felicidad, vous ne trouvez pas ? Un nom qui promet bien des choses et j’espère qu’il tiendra toutes ses promesses. Felicidad, c’est un peu la cité du bonheur.
- Dites-moi, Laurène, avec des yeux comme ça, tu dois avoir un amoureux. Il est pas trop jaloux, j’espère.
- Hé-non, pas d’amoureux en ce moment. Mon cœur est libre comme l’air
- Vrai ! Mais alors j’ai toutes mes chances. Tu me trouves comment ? Je te plais ?
-Hem, tu ne crois pas que tu vas un peu vite, là ? On se connaît à peine.
- Qu’est ce que tu veux, je suis comme ça, moi. Quand je vois une belle fille, je peux pas résister. Et tu es très belle, Laurène, on a déjà du te le dire cent fois.
28 juin 2006
A/2. Ah les filles !
Vilma quant-à elle, était déjà passée à table. Elle avait tout de suite tapé dans l’œil de Joë, qui n’osait pas dire ce qu’il pensait : Bon sang, ce qu’elle est belle cette fille ! Elle ferait damner un saint. Si elles sont toutes comme ça à Felicidad, je suis pas prêt de me faire moine, moi. J’ai aucune chance de toute manière, elle n’a d’yeux que pour Abdoul. Et lui, il s’enfile ses sandwiches sans se rendre compte de la veine qu’il a. Y en a qui connaissent pas leur chance.
Vilma, en effet, semblait bien apprécier Abdoul. Elle ne tarissait pas d’éloges sur ses sandwiches
- Vous les faites avec du pain de mie ? Et qu’est ce que vous avez mis dedans ? On dirait qu’il y a des cornichons.
- Des cornichons, de la moutarde et des tranches de rôti porc cuit, l’informa Abdoul.
- Je me disais aussi… ils sont bien meilleurs que les miens. Moi je suis nulle en cuisine. Mais je demande qu’à apprendre. Vous êtes cuisinier de métier ?
- Heu-non ! Voyez-vous, pour le moment, je cherche du travail dans les affaires.
- Un futur magnat, alors ?
- Pas encore, mais je désespère pas de le devenir un jour.
- Regardez-la ! Si seulement j’avais autant d’aplomb, pensait Sally en voyant Vilma se resservir des sandwiches afin de tenir compagnie à Jean-Paul et André. Elle a horreur des cornichons, mais, pour se faire bien voir, elle serait prête à en manger sur la tête d’un teigneux. Avec elle et Laurène, j’ai aucune chance. Elles ont la technique avec les mecs.
Effectivement, Vilma semblait faire l’unanimité. Elle trouvait toujours quelque chose de plus ou moins intéressant à raconter et les garçons buvaient ses paroles. Même André, qui pourtant se targuait d’être misogyne, Elle les avait branchés sur les voyages, elle qui n’avait jamais pris que le car de Simcity à Felicidad, et ils se montraient intarissables.
- Rien ne vaut le train, prétendait Jean-Paul, on est sûr d’arriver à l’heure
- Ha-ha, le train ! Tu plaisantes ? Moi je dis qu’il y a que l’avion, t’as à peine le temps de te rendre compte, t’es déjà rendu à l’autre bout de Simland.
- L’AVION ! Je serais morte de peur avant d’atterrir. Vous n’avez pas peur, vous André ? Avec tous ces accidents…
- Meuh-non, je vous assure que l’avion c’est encore plus sûr que la voiture. Tiens, au fait, en parlant de voiture… faudrait peut-être penser à en acheter une. On va quand même pas rester cloîtrés ici.
- Vous n’avez pas faim, les filles ? finit par proposer Jean-Paul en voyant Vilma se resservir une troisième tournée de sandwiches.
- On crève la dalle, tu veux dire, approuva Miguel, à qui on n’avait rien demandé.
- Bon, je vous en tartine une tournée. Ils ne valent peut-être pas ceux d’Abdoul, mais je ferai de mon mieux. Hé, Abdoul, tu mets combien de cornichons ?
- C’est vraiment très aimable à vous, Jean-Paul, dit Sally en prenant place à table. J’avais comme un petit creux
- Moi aussi, appuya Laurène. Vilma, tu aurais pu en laisser pour les autres. Tu manques complètement de savoir-vivre.
Vilma prit l’air faussement gêné
- Vous trouvez que je manque de savoir-vivre, Miguel ?
- Pas du tout ! Vous faites honneur à notre cuisine, c’est un bon point pour vous.
Elle triomphait
- Ah, tu vois !
- Oui-ben, Miguel n’osera pas te le dire, mais je te le dis, moi : T’es vraiment sans-gêne ! lança Laurène en suivant d’un sale œil le manège de Miguel, qui proposait
- Mais, faut me tutoyer, Vilma !
Sally donna le signal du départ
- Je crois que nous avons assez abusé… j’ai été ravie de faire votre connaissance, mais nos amies vont se demander ce qu’on fabrique.
- Oooh, vous nous quittez déjà ? C’est pas gentil, ça, protesta Miguel
- Nan, je vous assure, il se fait tard, il faut vraiment qu’on parte maintenant. Vous pourrez peut-être venir nous rendre visite à votre tour ? dit Sally en prenant sur elle.
Miguel prit congé de Laurène
- Alors, c’est vrai, on doit se quitter ? Vous auriez pu rester encore un peu. On vous fait peur ? On va pas se transformer en loups garous parce que la nuit est tombée.
- Je serais bien restée un peu, mais, quand tu connaîtras mieux Sally… elle et sa peur de déranger !
- Tu me bigophones ? On pourrait se revoir sans elle
- Ca pourrait bien se faire, lui assura Laurène.
- Rha, Sally, ce que tu peux être pénible ! se plaignit Laurène. Y avait rien qui pressait. Pour une fois qu'on s'amusait bien.
Sally répliqua
- Parle pour toi et pour Vilma. Vous n'avez pas arrêté d'allumer les garçons. Mais moi, je tiens à ma réputation. Il fait nuit, il est l'heure de rentrer. Surtout que demain, ils ont du boulot, eux ! Mais vous ne pensez qu'à votre petit plaisir. Vous vous en fichez qu'ils soient crevés pour aller au travail.
- Gna-gna-gna, écoutez la voix de la sagesse ! lança Vilma sur le mode ironique. Puis elle sourit en pensant à tout ce qu'elles auraient à leur raconter à Mandy et Donna. Elles allaient être vertes de jalousie.
![]()
Les garçons aussi avaient des choses à se dire. A commencer par Miguel et André
- Ote tes pieds de là ! C’est pas parce que j’ai accepté de partager la chambre avec toi qu’il faut te croire tout permis. C’est MON lit, j’aurai l’air de quoi, si je ramène une fille et que la couverture est toute cradingue ?
- Ha-ha-ha, laisse-moi rire ! s’esclaffa André. C’est pas parce que la blondasse, -comment elle s’appelle déjà ? Ah-oui, Laurène- c’est pas parce que t’as l’air d’avoir une touche avec Laurène qu’elle est prête à partager ton lit. Tu te fais des illusions, mon coco.
- En tous cas, je suis mieux barré que Joë, t’as vu ? Il a même pas réussi à en brancher une, protesta Miguel. André était de son avis.
- Ca t’as raison ! Quel crétin ce type, à part ses bouquins, il connaît rien de rien à la vie. T’as vu, il a même pas pu placer un mot. Ca lui sert à quoi de se farcir la tête de connaissances s’il est pas fichu de tenir une conversation ?
- Parle pas si fort, s’il t’entendait, conseilla Miguel
- Ben qu’il entende, ça lui fera les pieds ! Il m’énerve ce type à toujours prendre des airs supérieurs avec nous.
De l’autre côté de la porte, Joë avait tout entendu
- Tu les entends, Jean-Paul ? Ils se fichent de moi !
- Laisse-les dire. Le Miguel se croit plus malin que tout le monde, mais il l’a pas encore embrassée, sa blonde. Quand il en sera au baiser langoureux, il pourra parler. Pour le moment, il est comme les copains : il espère. Laisse tomber tes bouquins, t’as pas sommeil ? Moi je vais me pieuter.
- Mais quand même, insista Joë au moment d’aller se coucher. J’ai pas le truc avec les filles. Comment vous faites ? Moi, elles ne me remarquent même pas. Tiens, toi, Jean-Paul, je suis sûr que si tu voulais, la petite Sally…
- Mais y a pas de truc, t’as juste à être naturel. T’en fais pas, va, c’est pas les filles qui manquent, y en aura bien une qui succombera à ton charme. Mais, un conseil : te la joue pas trop intello, ça fait peur. Tu sais, avec les filles, c’est pas ce qu’on a dans la tête qui compte. Sois beau et tais-toi, le genre mystérieux, ça plait beaucoup.
29 juin 2006
A/3 : Laurène creuse l'écart
![]()
Laurène, Sally et Vilma furent fraîchement accueillies d’un :
- Hé-bien voilà ! Elles sont quand même revenues, les lâcheuses ! On se demandait si vous y alliez y passer la nuit. Je vous préviens, ajouta Mandy, on vous a gardé des nouilles, mais elles sont presque froides, faudra vous dépêcher de les manger.
- On a déjà… commença Laurène, interrompue par un coup de coude de Vilma
- Tais-toi donc, elles sont déjà bien gentilles de nous avoir gardé des nouilles
- Oui-ben, moi je peux plus rien avaler. J’AI PAS FAIM ! cria-t-elle à la cantonade.
- Qu’est ce que vous avez bien pu fabriquer jusqu’à cette heure, là ? interrogea Donna. Ils sont si intéressants, ces garçons ?
- Ca dépend desquels, il y en a un, je suis sûre qu’il te plairait.
- Lequel ? s’inquiéta Sally. Abdoul ? C’est pas Jean-Paul, au moins ?
- Pourquoi Abdoul ? Nan, moi je pensais à Joë. Il est comme toi, Donna, toujours plongé dans les bouquins. Mais dis-donc, toi, dit-elle en se tournant vers Sally, pourquoi pas Jean-Paul ?
- Pour rien ! répondit Sally en piquant du nez dans son bol.
- Elles sont super-bonnes, ces nouilles, c’est toi qui les a faites Mandy ? demanda Vilma en se jetant dessus comme si elle n’avait pas mangé depuis huit jours.
- Nan, c’est Donna. Tu sais bien que je suis pas fortiche en cuisine.
- Plus que moi, en tous cas ! Je saurais même pas me faire cuire un œuf.
- Tu devrais pas manger autant Vilma, conseilla Sally. Tu vas finir par prendre du poids.
- Nan, je peux manger ce que je veux, je grossis pas,
- Mais quand même…
- Puisqu’elle te dit qu’elle grossit pas ! Laisse-la tranquille… C’est qui ce Jean-Paul ? s’informa Donna.
- Jean-Paul, répondit Vilma, c’est le chéri, de Sally. N’est ce pas Sally, qu’il te plait bien le Jean-Paul ?
- Tu dis vraiment n’importe quoi ! Je le trouve sympa, c’est tout,
- Oui-oui, on dit ça ! J’ai bien vu comment tu le regardais, va !
- Et toi, tu t’es vue, comment tu regardais Abdoul ? On aurait dit que tu allais le manger. Tiens, tu le regardais comme le plat de nouilles… avec envie !
Vilma alla bouder sur le canapé. Mandy, se crut obligée de plaider :
- Vous n’allez pas commencer à vous disputer pour des histoires de mecs. Bon, toi t’as Jean-Paul…
- J’ai pas Jean-P…
- Bon, t’as personne ! Jean-Paul il est à personne ! Ca te va, comme ça ? Vilma a Abdoul...
-J’ai pas Abdoul, c’est des inventions de Sally, protesta Vilma.
- OK, on se calme ! Vous deux, vous n’avez personne, et Laurène ? Elle a qui, Laurène ?
- MIGUEL ! répondirent-elles en chœur.
- C’est sympa, de nous en avoir laissé quelques uns, dit Donna en s’affairant à la vaisselle. Laurène, ça m’étonne pas d’elle, tout pour elle, rien pour les autres. Il est comment son mec ?
Sally la renseigna
- Il t’aurait pas plu, Donna, je t’assure : vantard, frimeur, le vrai macho. Et mou !!!
- Ca m’étonne plus qu’il plaise à Laurène. Avec eux deux, ils feront la paire, commenta Donna. Elle est où Laurène, au fait ?
- Elle est allée se coucher, les émotions, ça l’a tuée, dit Vilma.
- Grrr, je suis sûre qu’elle a pris le lit près de la fenêtre, grogna Mandy. Elle est d’un égoïsme, cette fille !
Laurène sortit des toilettes et s’empara du téléphone. Tout en composant le numéro, elle fit comprendre qu’elle avait tout suivi.
- Nan, je suis pas couchée ! Je te le laisse, le lit près de la fenêtre. T’aurais encore mieux fait de te taire, Mandy. Je suis peut-être égoïste, mais toi, t’es qu’une langue de vipère !
- A qui elle peut téléphoner ? demanda tout bas Donna.
- A Miguel, à qui veux-tu que ce soit ? souffla Vilma. Elle ne voulait plus le quitter. Je parie qu’elle va lui demander un rendez-vous.
- Tu vois ce que je t’avais dit, ajouta-t-elle en entendant Laurène
- Alors, c’est d’accord, Miguel ? On se retrouve en ville ? On n’a qu’à aller au restaurant, on sera plus tranquilles pour parler.
- Tsst, parler ! Avec ça qu’il a l’air du type qui se contente de parler. J’aimerais bien être petite souris pour voir ça.
- Ils devaient pas être cinq, les gars ? enchaîna Donna en suivant de l'oeil le manège de Laurène qui se remettait une tartine de fond de teint. J’en compte que quatre. Il est comment, le cinquième ? Vous ne l’avez pas vu ?
- Si, attends que je me souvienne : Un blond, comme Jean-Paul, mais pas aussi sympathique. Enfin, moi je trouve. Les plus sympas, c’est Jean-Paul, Abdoul et Joë. Miguel, on n’en parle pas, c’est le gros dragueur, et l’autre… ah, André, il est un peu m’as-tu-vu. Il sait tout, il connaît tout, il connaît rien.
- Vous parlez de qui ? demanda Sally qui s’apprêtait à aller se coucher.
- D’André Doniste. T’en fais pas, on parle pas de Jean-Paul, s’empressa de répondre Vilma
- Vous pouvez bien parler de Jean-Paul si vous voulez. Qu’est ce que vous voulez que ça me fasse ? répliqua Sally. Vous pouvez même en parler jusqu’au bout de la nuit, moi je vais au lit !
- On te suit ! On couche dans la même chambre ?
- Si vous voulez. Mandy, tu couches dans la chambre sur la rue ? Tu te lèves trop tôt pour nous, et Laurène, Dieusim sait à quelle heure elle va rentrer.
- Pas de problème, répondit Mandy. Je vais écrire quelques lignes dans mon journal intime.
- T’en as de la chance d’avoir des choses à raconter à ton journal intime, plaisantèrent les trois filles en se retirant dans leur chambre.
![]()
Laurène avait retrouvé Miguel dans un restaurant situé sur la grande avenue de Felicidad. Il avait été agréablement surpris par son invitation et avait confié à André, avant de sauter dans le taxi : C’est dans la poche, mec ! Si j’ai besoin du lit, t’as intérêt à déguerpir dès que tu entendras arriver le taxi.
- Comme c’est gentil de m’avoir invité, Laurène. Moi qui pensais ne pas te revoir avant une éternité.
- Une éternité, faut pas charrier, y a juste la rue à traverser, releva fort justement Laurène.
- Mais… tu te rends pas compte ! Attendre jusqu’à demain, c’était ça l’éternité.
- Tu penses vraiment ce que tu dis ? susurra Laurène d’une voix mielleuse en essayant de sonder son regard pour y trouver la confirmation de ses espoirs
- Croix de bois, croix de fer, si je mens… ben si je mens, c’est que je suis un menteur, plaisanta Miguel. Nan, je t’assure, ça me fait rudement plaisir d’être ici avec toi ce soir.
L’œil pétillait, Laurène en conclut qu’il disait vrai.
Totalement rassurée, elle proposa
- On danse ?
- Quoi ? Sans musique ? Sans orchestre ?
- Oui, hi-hi-hi, on n’a qu’à imaginer qu’il y a de la musique, suggéra Laurène en commençant à se trémousser.
- Ah-mais, j’appelle pas ça danser ! protesta Miguel. Moi je connais que le slow, dit-il, la saisissant brusquement pour la plaquer contre lui. Ce qui, entre-nous soit dit, n’était pas pour déplaire à Laurène.
Comme tout bon slow qui se respecte, ils terminèrent par un tendre baiser, qui ne demandait qu’à se transformer en baiser romantique, en attendant le passionné et au bout du compte, le langoureux.
Les émotions ça creuse, aussi, Laurène retrouva-t-elle son souffle et son aplomb pour proposer un petit dîner.
- Vous prendrez l’apéritif ? demanda le garçon.
- Heu… je sais pas. Tu veux l’apéritif, toi Miguel ?
- Ca serait pas de refus,
- Ah-bon ? Laurène marqua un temps d’hésitation. Nan, moi-nan.
- Laisse tomber alors, si t’en prends pas, j’en prends pas non plus.
- Mais-nan, c’est pas parce que j’en prends pas…
- Nan, laisse tomber, je boirai de l’eau, si ça me fait pas de bien, ça me fera pas de mal, dit-il en joignant le geste à la parole.
Laurène commanda du chili et il se contenta de crêpes suzette.
Il faillit se fâcher quand elle insista pour qu’il goûte à ses haricots.
- Nan, merci, très peu pour moi
- Mais, si, goûte, tu verras, c’est bon.
- Nan, je supporte pas quand c’est trop épicé, j’aime mieux le sucré
- C’est pas trop épicé, goûte je te dis ! Tu verras, ça pique à peine
- Nan, n’insiste pas, c’est nan !
Il avait repoussé la fourchette qu’elle lui présentait d’un geste impatient et brutal. Laurène en fut toute retournée.
- Bon, te fâche, pas ! Si t’en veux pas, je vais pas te le faire avaler de force.
Elle se mit à manger son chili en silence. Il sentit qu’il avait gaffé et s’efforça de se rattraper
- Comprends-moi, Laurène, je supporte pas le piment. Ca me donne des brûlures d’estomac.
Laurène ne pipait mot.
- Bon, je veux bien goûter pour te faire plaisir, mais juste un petit peu, alors…
Elle se laissa attendrir par ses yeux de cocker battu.
- Nan, c’est pas grave. Je voudrais pas te rendre malade. Et tes crêpes ? Elles sont comment ?
- Super-extra. Juste comme je les aime. Tu veux goûter ?
Elle en piqua un morceau dans son assiette et fit la grimace
- Moui… ça se marie pas tellement bien avec le chili. Ils éclatèrent de rire, ce qui détendit l’atmosphère.
- T’es plus fâchée ? s’inquiéta Miguel, quand elle mit fin au rendez-vous dès la dernière bouchée de chili, qu’il avait patiemment attendu qu’elle termine en s’envoyant verre d’eau sur verre d’eau. .
- J’ai jamais été fâchée, lui assura Laurène. Un peu surprise, c’est tout. Je voudrais pas que tu gardes un mauvais souvenir de ce rendez-vous à cause de ça.
- Alors là, je te rassure tout de suite. C’était génial ! Un rendez-vous de rêve. LE rendez-vous dont on se souvient des années après, le truc qui vous scotche, qu’on n’oublie pas. Je te remercierai jamais assez de m’avoir fait connaître ça.
Laurène était tout à fait rassurée. Elle pouvait rentrer tranquille.
- Bon, ben, on peut se revoir alors ? Si je t’invite demain, tu viendras ?
- Et comment ! J’attendrai ton coup de fil, dit-il avec empressement. Mais appelle-moi l'après midi, je bosse de 5 à 14 heures. Ils se quittèrent sur un dernier baiser.
![]()
01 juillet 2006
A/4 : L'insoutenable attente
Miguel connut un sommeil agité au point de faire fuir André qui avait préféré finir sa nuit sur la banquette. Il dût cependant se lever au son du klaxon de la poubelle qui devait l'emmener au terrain de golf de Felicidad où il débutait sa carrière de flemmard en allant ramasser les baballes du gotha.
![]()
Sally non plus n'était pas très fraîche, et elle en savait le pourquoi : Laurène. Lui demander de partager la chambre de Mandy n'avait pas été une bonne idée. Elle les avait entendues papoter une partie de la nuit, Laurène parlant haut et riant fort malgré les conseils de Mandy :
- Pas si fort, tu vas réveiller les autres.
Et puis qu'avait-elle eu besoin d'aller cueillir les simflouzes en pleine nuit ? Et vlan la porte, et que je m'esclaffe en me prenant les pieds dans une chaise, et que j'aille ouvrir le frigo. Sally avait mis du temps avant de retrouver le sommeil.
Avec tout ça, elle n'avait toujours pas pris le temps de chercher du travail. Elle consulta le journal de la veille, mais n'y trouva rien d'intéressant : caddie de golf, colleur d'affiche, plongeur/se, rien que du précaire, du gagne-petit. Elle aperçut la petite livreuse déposant le journal du jour, mais le temps qu'elle réalise l'autre était déjà loin. Reprimant un bâillement et maudissant Laurène, elle sortit. Un éclat de lumière la fit ciller. Sur le terrain d'en face, le soleil jouait avec les chromes d'une Smoogo flambant-neuve.
Elle trouva Laurène et Mandy avalant des bols des corn flakes
- Bonjour Sally, tu as bien dormi ? interrogea Mandy.
- Tu plaisantes ? Avec le potin que vous avez fait. Vous ne vous êtes pas entendues, à ricaner comme des bécasses.
Mandy trouva une bonne excuse
- C'est pas moi, c'est Laurène. Elle me racontait son rendez-vous avec Miguel. Tu savais qu'ils allaient se revoir aujourd'hui ?
Sally haussa les épaules
- Et comment je le saurais ?
- Laurène va lui demander de venir avec ses amis pour nous les présenter. C'est gentil de sa part, tu trouves pas ?
-Hé-oui, je suis comme ça, moi. Quand je suis heureuse, je veux que tout le monde en profite, triompha Laurène.
Sally se garda de lui dire que ça, elle l'avait remarqué la nuit dernière. Laurène lui demanda
- Au fait tu as trouvé du travail dans le journal ?
- Oui, agent de sécurité, c'est pas mega-top, mais ça me permettra de mettre un pied au commissariat.
- Whouaouh, la police, c'est drôlement physique, moi je pourrais pas, dit Laurène.
- Oui-mais toi, bosser, c'est pas ta priorité, lança perfidement Vilma qui émergeait de la chambre.
- Bonjour les filles, bien dormi ? s'enquit Donna d'une voix chaleureuse
Sally préféra ne pas répondre. Se pouvait-il qu'elle n'ait rien entendu ? Elle lança
- Bon, je vais faire un peu d'exercice, il faut être en forme dans la police,
- Elle a trouvé du travail ?
- Agent de sécurité, précisa Mandy. Et vous ne savez pas la nouvelle ? Laurène va demander à Miguel de venir avec ses amis. C'est pas une bonne nouvelle, ça ?
Laurène en profita pour faire une sortie remarquée
- Je vais prendre ma douche, je vous préviens, je veux personne dans la salle de bain.
- Laurène va prendre sa douche. Notez ça sur vos tablettes les filles, pour une fois que ça lui arrive, ironisa Donna.
Mandy était pliée en deux
- Oh Donna, tu vas me faire mourir de rire.
-T'avais pas dit que tu voulais trouver du travail, toi aussi ? lui fit remarquer Vilma.
- Ah-oui, où il est le journal ?
- Rha, les filles, va falloir arrêter de poser plein de trucs par-terre, ça va bientôt être le souk, ici, râla Mandy, obligée de récupérer le journal aux pieds de la chaise.
- On les poserait pas par-terre si on avait où les mettre, souligna Donna. Faudrait peut-être penser à acheter des tables d'appoint.
Mandy interrompit ses recherches en entendant Vilma demander
- Tu vas où Laurène ? C'est déjà fini la douche ?
- J'ai cru voir un truc dans le jardin, vous inquiétez pas, je reviens, dit Laurène en se dirigeant vers la porte d'un pas décidé.
- Je vois pas pourquoi on s'inquiéterait. Elle est assez grande pour savoir ce qu'elle fait. Est ce qu'elle nous a demandé la permission pour aller en ville hier soir ? Au fait, Mandy, tu choisis quoi, comme travail ?
- Je crois que je vais faire comme Sally, on ne commence qu'à 20 h dans la police et j'ai pas envie de rater la présentation.
- La présentation ? Quelle présentation ?
- Ah-oui, je vous ai pas dit : Laurène va inviter Miguel et lui demander de venir avec des copains. On va pouvoir faire leur connaissance.
- Tu es sûre de ça ? Ca m'étonne d'elle, partager, c'est pas trop son truc.
- T'as rien compris, expliqua Vilma. Elle préfère vous présenter les autres de peur que vous lui piquiez son mec. Elle est maligne, la Laurène !
Au même moment, dans le jardin, Laurène découvrait un énorme bouquet de roses rouges. Un petit mot y était accroché : Merci pour cette merveilleuse soirée. Qui aurait pu croire que deux Sims comme nous puissent partager des moments si doux ? Et si tu te demandes " dois-je rappeler " je ne te dirai qu'un mot " oui". Et c'était signé : Miguel.
- Quel poète, mon Miguel, murmura Laurène en rangeant le billet près de son coeur, dans son soutien-gorge.
Le temps semblait figé, malmenant la patience des cinq jeunes filles. Chacune essayait de le tuer comme elle pouvait. Mandy s'était lancée dans la réalisation d'un tableau, Sally faisait sa gym, Vilma étudiait la mécanique et Donna, entre deux coups d'éponge sur le plan de travail, préparait le repas. Laurène, ne faisait rien. Reine d'un jour, elle se contentait de lambiner sur le canapé.
- Cent fois elles l'avaient interrogée à chacune leur tour.
- A quelle heure, il rentre du travail, Miguel ?
- Je crois qu'il m'a dit à 14 heures, répondait invariablement Laurène. Et là, c'était au tour de Sally
- Au fait, à quelle heure tu as dit qu'il rentrait du travail ?
- Rha, Sally, combien de fois faudra-t-il vous le dire : 14 HEURES !
- Tu lui vas lui demander d'emmener Jean-Paul ?
- Nan, je vais rien lui demander du tout. J'en suis pas encore à lui donner des ordres, répondit Laurène.
Elle s’arracha du canapé pour s’installer à table où Donna avait servi des sandwiches à la viande.
- Heu, Donna, t’avais pas dit 14 heures ? Il EST 14 heures, lui fit-elle remarquer.
- Oui-ben, y a pas la presse, je mange mon sandwich.
Donna perdit patience
- Tu manges ton sandwich ! Ca te prendrait deux minutes pour passer un coup de fil et nous, ça fait des heures qu’on attend l’œil rivé sur la pendule. Qui c’est qui les a préparés les sandwiches ? T’as rien fichu de la matinée. Tu mériterais deux baffes, tiens ! dit-elle en faisant mine de lever la main sur elle.
Surprise par cet éclat qui ressemblait si peu à Donna, Laurène en lâcha son sandwich qui retomba dans l’assiette.
Vilma l’encouragea, toujours prête à mettre de l’huile sur le feu.
- Vas-y Donna, file-lui deux beignes, c’est tout ce qu’elle mérite. Vous voyez pas qu’elle vous fait marcher ? Elle est même pas sûre qu’il viendra avec ses copains, son Miguel. C’est le truc qu’elle a trouvé pour se rendre intéressante.
- Je-mange-mon-sandwich, reprit Laurène imperturbable. Quand elle l’eût longuement mastiqué jusqu’à la dernière bouchée, rompant le silence de mort qui s’était instauré, Donna se risqua à demander.
- Tu vas l’appeler, Laurène ? Tu ne nous aurait pas fait ça ?
- Ouiii ! Je vais l’appeler, minute ! Toi, Vilma, je te parle plus.
- Rien à faire, je les connais déjà les gars, j’ai pas besoin de tes services, répondit Vilma, la conscience tranquille.
- Bon, moi je vais me détendre un peu, s’il ramène Jean-Paul, vous me faites signe, dit Sally en quittant la table.
Laurène, redressant la tête se dirigea vers le téléphone.
![]()
Au même moment, Miguel commençait à perdre patience.
- Mais qu’est ce qu’elle fout ? Elle avait dit qu’elle me rappellerait. Je lui donne dix minutes et je pars en ville, c’est pas les nanas qui manquent à Felicidad. Quand je pense que je me suis foulé d’un bouquet à 55 $. Ca c’est la faute à Joë, il était ridicule son billet, j’aurais dû suivre ma première idée : « Super soirée, à quand le crac-crac ? » ça au moins, c'était clair. " Trop explicite " je t'en ficherais !
![]()
03 juillet 2006
A/5 : Au gré du vent
Enfin, Laurène s’était décidée à appeler. Mais elle avait ajouté :
- Ce serait sympa si tu amenais deux/trois copains avec toi.
Et Miguel en avait ressenti de l’agacement.
- Mais Laurène, c’était pas du tout ce qui était prévu
- Je sais bien, mais les filles voudraient faire leur connaissance. Sois gentil, avait-elle susurré d’une voix charmeuse, demande leur de venir.
André, le premier auquel il avait pensé n’était pas vraiment emballé
- Aller chez les filles ! Si on commence à aller comme ça les uns chez les autres, ça risque de devenir une habitude.
Miguel lui avait répondu qu’il n’était pas obligé de venir avant de lancer
- Y a des volontaires pour une virée chez les gonzesses ?
Abdoul seul s’était déclaré partant. Jean-Paul n’était pas encore rentré du travail et Joë absorbé par son manuel de mécanique n’avait même pas semblé entendre la proposition.
Laurène l’accueillit à bras ouverts.
- Miguel, j’ai pensé à toi toute la journée, et toi, tu as pensé un peu à moi ?
C’t’idée. Bien sûr qu’il avait pensé à elle. Il n’avait même fait que ça, évaluant mentalement ses chances de conclure au lit avant la fin de la soirée.
- Bien sûr, t’as pas trouvé mon mot avec le bouquet ?
- Si, si, il est là, bien au chaud, dit-elle la main sur le décolleté. Merci pour le bouquet au fait, il est ma-gni-fi-que. Des roses rouges… tu sais ce que ça veut dire dans le langage des fleurs ?
C’était quoi encore ces conneries ? Il s’était contenté de demander à la fleuriste « un bouquet qui en jette » et il lui avait fait confiance quand elle avait déclaré que pour remercier d’un rendez-vous paradisiaque les roses rouges s’imposaient. Mais il n’allait pas avouer son ignorance. Ainsi naissent les malentendus.
Resté à l’écart, Abdoul commençait à regretter d’avoir suivi Miguel. Si c’était pour le regarder embrasser sa blonde à bouche que veux-tu, il n’allait pas tarder à se rentrer. Il changea rapidement d’idée en voyant s’avancer vers lui une fille au corps de déesse.
Les filles avaient guetté par la fenêtre l’arrivée des copains de Miguel, un peu déçues de voir qu’il n’en avait amené qu’un.
- C’est qui celui-là ? avait demandé Donna.
Sally, qui n’avait pas attendu le signal Jean-Paul, l’avait renseignée d’une voix morne,
- Ah, c’est Abdoul
- C’est Abdoul ! avait confirmé Vilma, comme elle aurait dit « chouette, des nouilles ! ». Mais Donna avait été plus rapide pour aller le saluer
- Bonjour, vous devez être Abdoul, moi c’est Donna.
- Je ne vous dérange pas ? C’est Miguel qui a insisté…
- Mais il a bien fait au contraire, vous êtes le bienvenu Abdoul. Pour tout vous dire, on espérait que vous viendriez plus nombreux. On a préparé des tonnes de sandwiches. J’y ai mis de la mayonnaise et des cornichons, comme me l’a conseillé Vilma. Il paraît que c’est votre spécialité, j’espère que vous les aimerez.
- Bah, un sandwich, ce n’est jamais qu’un sandwich, ça ne vaut pas un repas au Londoste, mais tant qu’à faire les choses, autant les faire bien. Vous vous intéressez à la gastronomie, Donna ? demanda Abdoul.
- Et comment ! Je suis la reine du gratin de macaroni ! plaisanta Donna, avant d’avouer : Nan, sérieusement, je n’y connais pas grand chose, mais ça n'empêche pas d’apprécier la bonne cuisine. Le Londoste, j’en ai entendu parler, d’après ce qu’on dit, c’est le meilleur restaurant de Felicidad.
- « On dit ? » vous n’y êtes donc jamais allée ? Alors, il faudra que je vous y invite, proposa Abdoul.
Donna était enchantée
- Vrai ? Vous m’y emmèneriez ?
- Seulement… précisa Abdoul, je vous demanderai de vous mettre sur votre 31. C’est un endroit très chic, vous savez. Et quand je sors avec une fille, j’aime qu’elle soit élégante.
Il détaillait la jeune fille. Fine, racée, quel dommage qu’elle ait adopté le pantalon. Il attendait d’une femme qu’elle reste féminine en toutes circonstances.
De son côté, Donna n’était pas insensible au charme d’Abdoul. Son costume d’un blanc impeccable, ses souliers bien cirés, même les bracelets de force qu’il arborait, prenaient à son bras des allures de bijoux. Tout en lui annonçait l’homme soigné, très soucieux de son apparence et elle avait le laisser-aller en horreur. Elle l’invita à rentrer en s’excusant d’avance du désordre qui régnait.
- Ce n’est pas toujours facile à cinq dans une petite maison, on a chacune nos petits défauts et il faut bien faire avec.
Abdoul se montra compréhensif
- Je connais ça, allez. Nous aussi, on a nos brebis galeuses. Il lança à Miguel un regard qui en disait long.
Puisque Donna accaparait Abdoul, Mandy s’était remise à la peinture. Toute absorbée par son œuvre, elle remarqua à peine qu’André s’était finalement ravisé. Rester chez lui avec Joë toujours plongé dans son bouquin n’avait rien de folichon et comme Miguel et Abdoul n’avaient pas l’air de vouloir revenir, il avait décidé d’aller les chercher lui-même.
Elle sursauta en s’entendant interpeller
- Hé, vous n’avez pas vu mes amis ?
- Vos amis ? Aaah, vous devez être Jean-Paul, vos amis sont à l’intérieur, ils…
- Non, moi c’est André, coupa-t-il d’un ton sec. Il la toisa et se radoucit en découvrant le doux visage de Mandy. André Doniste, précisa-t-il en lui tendant une main qu’elle serra avec fermeté.
- Quel punch ! Ce petit bout de femme ne manque pas de force, songea André, tandis que la jeune fille terminait les présentations.
- Salut, moi, c’est Mandy ! Mais entrez donc, vous accepterez bien de manger quelque chose avec nous.
Vilma broyait du noir. Elle s’était tellement réjouie de voir arriver Abdoul, espérant secrètement qu’il était venu pour elle, et voilà qu’il n’en avait que pour Donna. Elle qui, la veille encore, pensait n’avoir que l’embarras du choix, son champ de manœuvre se rétrécissait comme peau de chagrin.
- Qui va-t-il me rester à ce rythme là ? Joë, l’intello de service, ce prétentieux d’André Doniste, ou alors… peut-être bien Jean-Paul. Sally en pinçait pour lui, c’était évident, mais elle était si coincée, la pauvre fille, qu’à moins d’un miracle, elle n’oserait jamais le lui avouer. Et puis, elle n’avait qu’à le dire franchement, au lieu de prétendre qu’il lui était indifférent.
Contrairement à Vilma, Donna rayonnait. Abdoul venait de lui faire un compliment sur ses sandwiches
- Je n’aurais pas fait mieux, avait-il déclaré
Elle ne se rendit pas compte que Vilma lui en voulait et elle l’invita à venir les rejoindre à table.
Pour voir Abdoul suspendu aux lèvres de Donna, merci bien, songea Vilma
- Nan, je préfère rester sur le canapé, c’est plus confortable, déclara-t-elle.
Donna ne s’en étonna pas plus que ça. Vilma ne faisait jamais rien comme tout le monde.
- Comme tu veux, Sally, Mandy, vous venez à table ?
Sans y avoir été invité, André se laissa lourdement tomber sur le canapé qu’il trouva moins que confortable, lui.
- Ouich ! C’est rembourré aux noyaux de pêche, chez vous. Où vous l’avez déniché ce canapé ? Chez Trocsim ?
- Nan, c’est un Duralmousse, mais c’est pas fait pour s’affaler dessus, lui lança aigrement Vilma.
- Plait-il ? C’est à moi que vous vous adressez ?
- C’est qui, qui se jette sur le canapé comme un malade en critiquant le matos ? rétorqua Vilma. Oui, c’est à vous que ça s’adresse. (Ce type était antipathique au possible).
- On ne saurait être plus aimable, grinça André se relevant pour échapper à l’agressivité de la jeune fille.
- Elle est gracieuse comme un cerbère, votre copine, nota-t-il en prenant place à table.
- C’est tout Vilma ! expliqua Donna. Quelque chose a dû la contrarier.
Elle était loin de se douter, que ce quelque chose, c’était elle et la complicité naissante qu’elle partageait avec Abdoul.
- Ne faites pas attention, elle râle souvent, mais elle n’est pas méchante tempéra Sally. Au fond, Vilma, c’est comme les petits chiens, elle aboie, mais ne mord pas.
- J’aurais du mal à supporter ça, dit André.
- Meuh-non, on s’y fait très bien, assura Mandy en les rejoignant. Elle a un cœur d’or vous savez. C’est son tempérament latin, tout feu tout flamme. Sally, je te rappelle que nous embauchons à 20 heures, tu comptes y aller en survêtement ?
- Ils fournissent les uniformes je crois, objecta Sally.
- Et quels uniformes ! approuva Mandy, de vrais tue l’amour.
La voix de Vilma leur parvint
- Sally, téléphone pour toi ! Tu es disponible ou pas ?
- De la part de qui ? demanda Sally, sans attendre la réponse.
- Vous travaillez pour la police ? s’enquit André
- Comment avez-vous deviné ?
Il se vanta :
- Les horaires, les uniformes… simple déduction. J’aurais fait un bon détective.
- Et vous travaillez dans quelle branche, si ce n’est pas trop indiscret ? interrogea Mandy
- La cuisine. Je suis rentré au Londoste, c’est le meilleur endroit pour se faire un nom, tous les grands chefs ont commencé par là, dit-il, se gardant de préciser que pour le moment, il faisait le grouillot à la plonge.
- Quelle perte pour la police !
Il sentit une pointe d’ironie sous le compliment
- Pourquoi dites-vous ça ?
- A cause de vos talents de détective. C’est dommage de ne pas en tirer parti, nan ?
Elle s’adressa à Donna
- Tu vas où Donna, tu nous quittes ?
- Je vais disputer une partie d’échecs avec Abdoul. Il m’a dit qu’il adorait ce jeu,
- Ah, les échecs ! Je m’y défends pas mal non plus, enchaîna André. Vous y jouez aussi, Mandy ?
- Moins bien que vous, sûrement, répondit Mandy, mais il m’arrive quand même de gagner.
- Il faudra que nous nous affrontions. Je suis toujours prêt à relever les défis. Je vais m’attaquer à la musique d’ici peu… dès que je me serai offert une basse, et puis j’ai bien l’intention de me mettre à la musculation.
- Pfiou, vous ne manquez pas de projets ! releva Mandy.
- Ca, c’est pas les projets qui me manquent. Je suis curieux de tout par nature, le problème, c’est que je me lasse très vite. Mais comme je dis toujours : « Un Sim n’a qu’une vie, il faut savoir en profiter ».
Pour sa part, Sally se félicitait d’avoir décroché le téléphone. La voix cordiale de Jean-Paul l’excusait de ne pas être des leurs.
- J’étais absent quand ça s’est décidé. Mais je peux venir maintenant, si vous voulez. Sally n’aurait pas demandé mieux, mais elle dût décliner la proposition
- Quel dommage, j’entends déjà la voiture qui klaxonne pour m’emmener au travail. J’aurais été si heureuse de vous revoir Jean-Paul.
- Qu’à cela ne tienne, ce n’est que partie remise. Passez donc me faire un petit coucou quand vous aurez un moment de libre.
Elle retrouva le sourire, promettant qu’elle n’y manquerait pas.
![]()
06 juillet 2006
A/6 : Amour et mensonges
Sally et Mandy parties au travail, Laurène et Miguel fabriquant Grand Sim sait quoi dans le jardin, Donna proposa un café histoire de prolonger la soirée. Vilma, toujours imprévisible, semblait revenue à de meilleurs sentiments
- Un café ? Tu n’y penses pas. Ils resteront bien souper avec nous. Je vais leur faire ma spécialité.
La spécialité de Vilma, héritée d’une longue tradition italienne : les spaghettis cramés à la bolognaise.
- Rha, c’est pas vrai, j’ai encore pas mis assez d’eau ! Pourtant j’ai suivi la recette de ma mère.
- Ne t’en fais pas Vilma, tu as eu le mérite d’essayer, dit Donna en faisant disparaître les assiettes.
Je vais leur faire mon gratin de macaronis à la casserole, ça devrait aller.
- Vous êtes italienne, Vilma ? interrogea Abdoul. Vous en avez de la chance, j’ai toujours entendu dire que l’Italie était un pays magnifique : Rome, Florence, Venise, Naples… ne dit-on pas « voir Naples et mourir ? »
- En fait, expliqua Vilma, je n’y ai jamais vécu. Ma mère non plus, d’ailleurs, mes grands parents se sont exilés à Simland après la seconde guerre mondiale. Mon grand-père était maffioso. Je crois que vous appelez ça : génie du crime. Enfin, bref, il avait tout intérêt à se faire oublier.
- Génie du crime, s’écria André intéressé, il devait être très riche, alors.
- A ce qu’il paraît, confirma Vilma.
- Pourquoi, « il paraît ? » vous n’en êtes pas sûre ? s’enquit Abdoul.
- Si bien sûr ! La fortune de grand-père, on ne parlait que de ça chez nous, dit-elle fièrement, sentant tous les regards braqués sur elle. Mais il a dû s’enfuir en l’abandonnant quelque part là-bas. Elle accompagna ses paroles d’un mouvement du menton et poursuivit : Sa tête était mise à prix, il n’a pu emmener que ce qu’il avait sur lui.
- C’est terrible, compatit André : Tout posséder et tout quitter comme ça. Il n’a jamais tenté de récupérer ses biens ?
- Il n’en a pas eu le temps. Il est mort avant : Un accident, d’après la police. On l’a retrouvé noyé dans une piscine.
- Comme le mari de Brenda Hasseck à Montsimpa ? demanda Donna. Vilma lui retourna sa question
- Pourquoi ? Il est mort noyé ?
- … dans des circonstances mystérieuses et on n’a jamais vraiment su ce qui lui était arrivé, enchaîna Donna. Tu ne lis donc jamais les journaux ?
- Oooh, si tu te figures que j’ai que ça à faire ! répliqua Vilma, les mystères de Montsimpa, tu m’excuseras, mais ça me laisse froide.
Vilma n’était pas peu fière d’elle en quittant la table. Elle les avait tous sidérés à commencer par André Doniste. Il n’avait cessé de chercher des solutions pour qu’elle puisse mettre la main sur la fortune du grand-père : Mener l’enquête en Italie, retrouver la maison ancestrale, interroger les banques, rechercher ses anciens complices… à tout cela, elle avait répondu, « à quoi bon ? Il y a si longtemps !». Il n’allait pas commencer à la faire suer avec ça. D’autant que cette histoire de génie du crime, elle avait toujours eu du mal à y croire.
Ce qu’elle tenta d’expliquer, une fois les garçons repartis, alors que Donna la pressait
- Tu ne nous avais jamais parlé de cette histoire avant, Vilma. André n’a pas tort, ça vaudrait peut-être le coup de faire des recherches.
- Pfeuh, l’histoire du grand-père, ça tient plus de la légende qu’autre chose. Tu sais comme on est nous autres Italiens : On exagère tout. Il s’est enfui comme un péteux quand il a commencé à avoir des ennuis avec la police et sa fortune, c’était le prix de deux voyages en fond de cale.
- Mais quand même, insista Donna. Il y a cette histoire de mort suspecte.
- Quoi ? Il est mort dans une piscine et alors ? Il nageait comme un godet, il n’a pas pu rejoindre l’échelle. Y a pas de mystère, l’enquête a conclu à un accident, point final. Mais je ne suis pas mécontente de mon petit effet. T’as vu André ? Il était scotché.
- Bâtir une histoire sur un mensonge, ça ne donne jamais rien de bon, lâcha Donna, mais Vilma se rebiffa
- Tu peux parler, t’as juste à paraître et y en a plus que pour toi. Moi si je veux pas mourir vieille fille, il faut bien que je trouve quelque chose. Et puis, après tout, cette histoire, je l’ai pas inventée ! C’est ce qui se disait dans ma famille.
![]()
De l’autre côté de la rue, Joë s’était lancé dans un roman de science fiction, son genre préféré avec le paranormal. En entendant le rire de Miguel et les remarques qu’il faisait sur Laurène :
- C’est une chaude, cette fille-là je vous jure. Y aurait pas eu ses copines… il était allé se réfugier sur son lit. C’était pas le moment de lui prendre la tête avec des histoires de fesses quand il était plongé dans les Mystères de Zarbville.
Tout au contraire, Jean-Paul se montrait avide de tout savoir. Il interrogea André. C’était peut-être pas ce qu’il avait de mieux à faire, notez bien.
- Alors, cette virée chez les filles ? Vous avez trouvé chaussure à votre pied ?
- Bof, Abdoul, peut-être bien, moi j’y allais pas pour ça.
- Ah-non ? Tu y allais pourquoi ? Pour passer le temps ?
- Ouais, comme tu dis. A défaut d’autre chose… Remarque j’ai appris un truc intéressant.
- C’est maintenant que tu le dis ! s’enflamma Jean-Paul, toujours à l’affût des ragots.
- Ouais, t’emballe pas, c’est pas des ragots, c’est Vilma. Il paraîtrait que son grand-père… et il lui débita l’histoire.
- C’est incroyable cette affaire ! conclut Jean-Paul. Tu te rends, compte, si c’est pas des bobards…
- Pourquoi tu voudrais que ça en soit ? Ca n’a même pas l’air de la brancher. Moi, par contre, si je pouvais mettre la main sur le magot. T’imagines la belle vie : voiture de sport, machine à bulles, piscine, jacuzzi, une guitare, une basse, un billard, des tableaux de maître sur tous les murs… le pied !
- Hé ! Je croyais que tu voulais pas te marier, souligna Jean-Paul,
- Moi aussi, mais là… ça demande réflexion.
Jean-Paul jouait les commères
- T’en penses quoi, toi Abdoul, de l’histoire du grand-père ?
- Franchement, j’y crois pas trop. Un magot en Italie et personne qui lève le petit doigt pour aller le récupérer. Moi, je peux te dire qu’il y a longtemps que je me serais bougé. Mais André a l’air de prendre ça pour argent comptant.
- Aïe-YEU ! coupa Joë, au sens propre et au figuré. Saleté de couteau, ça coupe rien, sauf les doigts !
Planant à mille lieues du débat, il demanda
- Et Miguel ? Il a conclu avec sa blonde ?
- Pense-tu ! Il a dû se contenter de l’embrasser. Elle a l’air accro, sa Laurène, il aura du mal à s’en dépêtrer.
- C’est son problème ! Je suis pas prêt d’avoir ce souci là, constata Joë, une pointe de regret dans la voix.
- Pourquoi ? demanda Abdoul, me dis pas que t’as jamais embrassé une fille
- Heu… en tous cas, c’était pas hier.
- Ni aujourd’hui, ajouta Jean-Paul. Tu le cherches aussi, t’avais besoin de rester ici au lieu d’aller avec les autres ?
- Je me suis farci la mécanique, plaida Joë. Vous serez bien contents de pas avoir de réparateur à payer.
- Mouais, enfin, tu fais ce que tu veux, on t’oblige pas.
- Rho, les gars, vous exagérez, vous avez vu dans quel état vous avez mis le plan de travail ? rouspéta Abdoul.
- C’est du travail à Jean-Paul, l’informa Joë. Il est sale, ce cochon là ! En tout cas, moi je nettoie pas : Il salit, il prend l’éponge !
- Quand même, ronchonna Abdoul, faudrait lui dire, une bonne fois. Il est où, là ?
- Il vient de sortir, il a dit qu’il prenait le frais.
- Bon, alors, moi je vais me coucher. Tu vas pas au lit, toi Joë ?
- Nan, je voudrais finir mon bouquin.
- Ne fais pas de bruit quand tu viendras. Je commence à 9 heures demain matin. Et toi ? Toujours pas de travail dans la science ?
- Nan, c’est bouché, archi-bouché. J’en profite pour étudier. Je vais quand même pas accepter n’importe quoi. Ils finiront bien par avoir besoin de quelqu’un.
- Bonne nuit, alors, moi je suis crevé.
Comme l’avait laissé entendre Joë, Jean-Paul faisait le tour du jardin. Enfin, le jardin… on dira le terrain. Il eut la surprise de voir arriver Sally en uniforme.
- Bonsoir, Jean-Paul. Je vous ai aperçu en rentrant, alors, j’ai traversé. Comme vous m’aviez demandé de venir vous faire un petit coucou… j’espère que ça ne vous dérange pas.
- Et pourquoi ça me dérangerait ? Au contraire, je suis très content de votre visite. Je regrettais que nous nous soyons manqués aujourd’hui.
Il la regardait, un sourire charmeur aux lèvres. Le cœur de Sally s’emballa.
Elle le trouvait si beau dans la pénombre. Elle défaillit, sentant ses jambes se dérober
- Excusez-moi, la chaleur sans doute. Vous ne trouvez pas qu’il fait très chaud ?
Il posa les mains sur ses épaules, et plongea ses yeux dans les siens
- Vous êtes sûre que c’est seulement à cause de la chaleur, Sally ?
Elle frissonna.
Que voulait-il dire ? Se pourrait-il qu’il ait deviné les raisons de son trouble ? Pourtant, il continuait à la fixer avec sympathie, presque tendrement, avec un petit sourire en coin qui semblait dire
- Allons, avouez que je vous plais, ne soyez donc pas si timide.
Elle prit son courage à deux mains, ferma les yeux et osa ce dont elle se serait crue bien incapable : Elle déposa un tendre baiser sur ses lèvres.
Il ne l’avait pas repoussée. Au contraire, il avait appuyé ses lèvres chaudes contre les siennes, et de tendre, le baiser s’était mué en passionné. Quand elle reprit son souffle, elle demanda
- Vous m’aimez donc aussi, Jean-Paul ?
Il sourit à nouveau.
- Mais oui, je t’aime, petite Sally. Tu m’as plu dès l’instant où je t’ai vue, si innocente, si craintive, qu’on aurait dit un moineau effarouché. Tu ne sais pas feindre ma Sally, on lit en toi à livre ouvert, et ce que j’y ai lu a fini de me séduire.
Elle aurait pu passer la nuit à le regarder, n’en revenant pas de cet aveu. « Il m’aime. Il m’aime autant que je l’aime » chantait une voix dans sa tête.
![]()
07 juillet 2006
A/7 : Les jeux sont faits
Le lendemain, au réveil, Sally se sentait pousser des ailes. Jamais elle n’avait été aussi heureuse : Jean-Paul, son Jean-Paul lui avait avoué son amour. L’homme le plus merveilleux que la terre ait jamais porté, le plus beau, le plus intelligent, le plus aimable, le plus… tout ! Quelle chance ! Quelle joie ! Quel rêve ! Mais-non, elle ne rêvait pas, même si elle devait encore se pincer pour y croire.
- Je l’aime, je L’AIME !!! cria-t-elle à la face du monde.
Le monde lui répondit de mauvais poil par la voix de Mandy
- Ca te prend souvent de hurler comme ça ?! Heureusement que tu disais de Laurène…
- Oh, Mandy, je suis si heureuse, si tu savais ! Jean-Paul ! Jean-Paul m’a embrassée, et puis il m’a dit qu’il m’aimait.
- Ah-ben, je suis bien contente pour toi. Mais t’as le bonheur bruyant, ma fille ! Purée, j’aurais bien dormi encore un peu pour une fois. On est rentrées tard hier soir.
Sally suggéra
- Tu peux peut-être te recoucher ? On n’a rien qui presse aujourd’hui.
- Bof-non, je suis réveillée, autant me lever. Je suis pas le genre à traîner au lit
- Tu vas faire quoi, aujourd’hui ? interrogea Sally, la tête pleine de rêves,
- Je sais pas, peut-être un peu d’exercice, et puis j’irais bien taquiner André aux échecs. Tu sais qu’il m’a lancé un défi ?
- Il t’a lancé un défi ? reprit Sally, pauvre de lui, il ne sait pas à qui il s’attaque.
Mandy se contenta de répondre
- Hé-hé !
Elles retrouvèrent les autres pour le petit déjeuner puis Mandy fit un peu de gym et Sally rejoignit Donna et Laurène qui avaient entrepris de chercher de nouvelles recettes. Ne dit-on pas que les bons petits plats retiennent les petits maris et toutes trois avaient bon espoir de se faire passer la bague au doigt.
Elles plaisantaient, entre elles
- Whoah, le homard thermidor, vous avez lu ça les filles ? Prendre un homard, vivant, le couper en deux…
- Beurk, je pourrais jamais faire ça !
- Bon, ben moi, je me contenterai de la salade de gésier. Otez-moi d’un doute, le canard, quand lui on prend le gésier, il est bien mort ?
- TAISEZ VOUS DONC ! cria Vilma, j’entends rien au téléphone.
La surprise se lisait sur son visage lorsqu’elle raccrocha.
- C’était qui ? demandèrent les autres
- André ! Je sais pas ce qui lui prend d’appeler comme ça de bon matin. Il m’a invitée à venir le voir.
Laurène la chambra
- Ha-ha ! Tu as fait une touche, Vilma.
- Ne dis pas de bêtises. Nan, sérieusement, qu’est ce qu’il peut bien me vouloir ?
- Si tu veux le savoir…
- J’ai qu’à y aller, je sais ! Merci du conseil, coupa Vilma.
![]()
Une fois n’est pas coutume, André aussi s’était réveillé de bonne humeur ce matin là. La nuit porte conseil, dit-on, et la sienne en avait regorgé. Au saut du lit, il avait bousculé Abdoul pour lui prendre le téléphone. Celui-ci s’était récrié
- Mais, je bosse, moi ce matin et j’ai un coup de fil à passer !
Ca ne l’avait pas démonté
- Moi aussi, et bien plus urgent ! J’ai du travail à rattraper.
- Du travail ? avait bougonné Abdoul, il a eu une promotion ? Il a changé d’horaires ou quoi ?
- Ca mon vieux, faut lui demander, c’est pas vraiment le genre à se confier; des fois qu’on lui piquerait sa prime pour payer les factures, lui avait répondu Joë.
André avait raccroché
- Tu peux y aller, Abdoul, le champ est libre !
- Pas trop tôt ! A qui tu téléphonais ? interrogea Abdoul
- Si on te le demande…
- Je dirai que j’en sais rien, d’accord, message reçu ! Allo Donna, vous vous souvenez de ma proposition ? Le Londoste, ça tient toujours ? Si vous voulez, on peut se retrouver là-bas vers 18 heures après mon travail. Ne soyez pas en retard, avait-il ajouté machinalement.
Il se demandait bien pourquoi.
André était plongé dans ses pensées, fleurs de la nuit qui ne demandaient qu’à prospérer.
- Dire qu’il y en a qui pourraient s’offrir tout ce qu’ils veulent et qui se contentent de rien. Je donnerais n’importe quoi pour me payer ce dont je rêve. Si je dois attendre de devenir une célébrité de la cuisine pour… pour quoi d’ailleurs ? Je serai jamais assez riche pour satisfaire tous mes désirs.
Il soupira
A moins que… Vilma ! Faudrait que je la demande en mariage avant qu’elle se jette dans les bras de n’importe qui. Ces filles n’ont qu’une idée en tête : trouver un pigeon pour se faire passer la bague au doigt, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Hé-bien, Vilma : Je suis un pigeon… jusqu’à nouvel ordre. Oooh-non ! Voilà l’autre maintenant, il est urgent de disparaître, songea-t-il en voyant Mandy s’apprêter à traverser.
Il ordonna à Joë
- Vas la saluer, je veux pas la voir !
Joë tenta bien de s’esquiver
- Hé, je la connais pas moi, cette fille ! Et je suis encore en pyjama
- Raison de plus, tu feras connaissance et elle sera tout de suite éclairée. Comme bonnet de nuit, on fait pas mieux.
Poussé dehors par André, Joë était très mal à l’aise. La fille avait l’air gentille, mais il n’avait jamais su parler aux filles. Il cherchait le moyen de l’aborder.
- Bon, je fais quoi, moi ? Je lui dis quoi ? Enchanté de faire votre connaissance ? Ca fait vieille France !
Salut, moi c’est Joë et toi ? Nan, ça je peux pas… trop familier.
Ou alors, bonjour mademoiselle tout simplement… pfffuit c’est d’un banal.
Et zut, voilà Miguel qui rapplique, trouve quelque chose à dire, Joë, vite !
Ouf, sauvé ! Lasse d’attendre, elle avait pris l’initiative d’engager la conversation
- Salut, je suis Mandy, André a dû vous parler de moi.
- Heu… ha, enchanté, Mandy. Moi je suis Joë, mais je doute qu’il vous ait parlé de moi.
- Nan, en effet, confirma Mandy. Je crois qu’il n’a parlé que de lui.
- Ca, vous me diriez le contraire…
Miguel rentrait du boulot gai comme un pinson
- Salut, Joë ! Tu sais pas quoi ? Finis pour moi les terrains de golf, je suis caissier de station service, je vais enfin pouvoir glander. Oh-mais t’es sur un coup, je m’excuse ! Bonne drague, mec !
- Ce type est vraiment ignoble, faut s’appeler Laurène pour le supporter. S’il y a deux types d'homme que je déteste, c’est les frimeurs et les dragueurs. Vous n’êtes pas comme ça, au moins, Joë ? s’enquit Mandy.
- Non, Grand Sim, non ! Je n’ai pas assez de confiance en moi pour rouler des mécaniques comme un acteur de cinéma.
Mandy lâcha son verdict
- Il se croit irrésistible, il est tout simplement grotesque ! Au fait, en parlant de grotesque… André n’est pas là ?
Joë s’empêtra dans ses explications
- Si ! Heu, non ! Enfin, si, mais… je crois qu’il n’est pas disponible.
- Courageux, mais pas téméraire ! Il a eu peur de prendre sa pâtée aux échecs, conclut Mandy.
- Vous jouez aux échecs ? s'exclama Joë. Justement, je cherchais un partenaire pour m’initier.
Je dois vous paraître stupide...
- Mais pas du tout, il faut bien commencer un jour.
Allez donc vous habiller, je dispose les pions, en attendant.
Jamais Joë ne s’était habillé aussi vite. Deux minutes après, il était là
- Si votre proposition tient toujours, je suis prêt !
Mandy n’en revenait pas. Si Joë avait dit vrai, ce gars-là était un génie. Non seulement il avait compris d’emblée le maniement des pièces, mais sa technique valait celle des plus grands joueurs : calmement réfléchi, d’une logique infaillible, il déjouait les pièges qu’elle s’acharnait à lui tendre tout en progressant tranquillement vers sa reine. Elle réalisa que s’il poursuivait de cette manière, elle serait échec et mat en cinq coups. Et, il n’y avait pas de raison, pour qu’il ne l’ait pas programmé ainsi.
- Echecs et mat ! annonça Joë. Vous ne m’en voulez pas trop Mandy ? J’aurais dû vous laisser gagner.
- Et puis quoi, encore ! s’indigna-t-elle. Si je devais vous en vouloir, ce serait d’avoir voulu me faire croire que vous n’y aviez jamais joué.
Il se défendit énergiquement
- Mais, je n’y avais jamais joué, je vous jure ! C’est juste une question de logique. J’ai calculé les probabilités et anticipé les coups. Il n’y a pas de mystère !
- Pas de mystère, mais une sacrée tête ! songea Mandy, ce type était un ordinateur ambulant. Elle se prit à rêver d’avoir des enfants d’un homme pareil. A coup sûr, ce seraient des sur-doués, et avoir des enfants sur-doués, c’était son objectif à elle.
De son côté, André s’impatientait et ça le mettait de fort méchante humeur. Il attendait l’arrivée de Vilma, et Vilma se laissait désirer.
Si on lui avait dit qu’un jour il en serait réduit à rester calfeutré chez lui en attendant une fille, il aurait doucement rigolé. Mais il n’attendait pas une fille, il attendait la clé du coffre, et ça changeait tout ! Il s’efforça de sourire lorsqu’il la vit enfin traverser à grandes enjambées la rue qui les séparait. Il jeta un coup d’œil à sa montre. Près de quatre heures qu’il l’avait appelée. Qu’est ce qu’elle pouvait bien avoir fichu pendant ce temps là ?
![]()
Hé-bien pendant ce temps là, Vilma se refaisait une beauté. C’était pas plus compliqué que ça ! Ca lui avait pris après le coup de téléphone d’André. Elle s’était regardée dans la glace et voilà qu’elle ne se plaisait plus.
- J’en ai marre de ces cheveux longs ! Ca graisse, ça me vient dans les yeux, c’est tout fourchus, ça me tient chaud… tiens, Donna, tu peux m’apporter des ciseaux ? Je m’en vais couper tout ça vite-fait !
- Couper tes cheveux, t’es pas folle ?! s’était récriée Donna. Moi qui rêverais d’en avoir d’aussi beaux.
- Oui-ben, c’est pas toi qui en subit les inconvénients, avait répliqué Vilma, lui dressant la liste des inconvénients sus-nommés. Il avait fallu toute la force de persuasion de Donna pour la convaincre de renoncer à cette nouvelle lubie. Les deux amies avaient passé leur temps à essayer de nouvelles coiffures. Et enfin, au bout de quatre heures, Vilma avait fini par en trouver une à son goût.
André prit sur lui de ne pas lui demander si elle se fichait de sa poire, quand elle arriva, toute souriante,
- Je suis un peu en retard, vous m’excuserez !
- Mais vous êtes toute excusée, chère Vilma ! Que n’excuserait-on pas d’une aussi jolie demoiselle ?
- Vous me trouvez jolie, vraiment ? C’est parce que j’ai changé de coiffure !
Ah ? Elle avait changé de coiffure ? Si elle le disait…
- Cette coiffure vous va à merveille. L’autre aussi, d’ailleurs… autant que je m'en souvienne.
- J’ai hésité, je me demandais si je ferais pas mieux de les couper, parce que…
BON !!! Ca allait durer encore longtemps cette histoire de coiffure ? Il l’avait pas appelée pour ça, non d’un Sim !
Il s’arrangea pour revenir à ses moutons tout en ne l’envoyant pas ouvertement sur les roses.
- LES COUPER !! Mais qu’auraient pensé vos ancêtres Italiens ?
- Mes ??? Pffuit, qu’ils en pensent ce qu’ils veulent, ils pensent plus d’ailleurs, ils sont morts !
Elle l’agaçait ! Grand Sim, ce qu’elle pouvait l’agacer. Il tenta
- Mais vous leur devez le respect. En mémoire de… votre grand-père. De tout ce qu’il a fait pour vous.
- Qu’est ce qu’il a fait pour moi, le grand-père ?
Elle le faisait exprès ou elle faisait semblant ? Il allait la mettre sur la voie
- Quand même, un génie du crime, c’était quelqu’un ! Vous devez en être fière. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un génie du crime dans son arbre généalogique.
Elle lança d’un ton de défi
- Oui, j’en suis fière, très fière, même ! -Si ça pouvait lui faire plaisir.
- A la bonne heure ! Et sans compt…
Il recracha quelques plumes.
Où était-elle allée dénicher ces oreillers ? Et l’autre imbécile de Joë qui la ramenait :
- Hé-bien, y a de l’ambiance ce soir ! On vous entend rire du jardin.
Et lui, où il avait vu jouer ça ? ELLE riait, lui pas ! Bon, il était trop tard maintenant pour avoir une conversation sérieuse. Il se plia à ce caprice. Mais faudrait peut-être pas que ça s’éternise. Il voulait bien avoir l’air bête, mais à petite dose.
Sauf que c’était pas à lui de décider, et Vilma, pour une fois, avait de la suite dans les idées. Pas moyen d’en placer une, et ces… pouah ! Il cracha encore quelques mots mêlés de plumes.
- Il faudrait recoudre ces oreillers, à force de les malmener…
Qu’est ce qu’elle attendait, à présent ?
Elle ne pensait quand même pas qu’il allait l’embrasser ? Pas après la journée épouvantable qu’elle venait de lui faire passer.
Qu’est ce qu’elle disait ?
- Excusez-moi André, je vous avais mal jugé. Je vous croyais égoïste, imbu de votre personne, et vous m’avez prouvé que je faisais fausse route. J’ai bien vu que ces batailles d’oreillers vous agaçaient. Mais vous avez continué pour moi. Vous êtes gentil, André, vraiment gentil.
Lui, gentil ? Qui lui avait jamais dit qu’il était gentil, à part… sa mère ? Il l’entendait encore au moment où elle avait déposé un baiser mouillé sur sa joue.
- Tu es un bon garçon, André, tu comprendras, je dois partir. Ton père et moi… c’est plus ça.
Ce qu’il avait pu détester les femmes et cette souffrance qu’elles distillaient avec un baiser. Et voilà que celle-ci le regardait avec… tendresse. Il sentit sa gorge se serrer, et c’est presque avec tendresse qu’il murmura également.
- Bonsoir, Vilma.
![]()
08 juillet 2006
A/8 : Avant l'orage
Ce troisième jour du mois de juillet resterait marqué d’une pierre blanche dans les souvenirs des dix jeunes gens : La métamorphose d’André et la sortie de l’ombre de Joë n’étaient pas les seuls évènements dignes de retenir l’attention. Miguel, pour ne citer que lui, était donc rentré du travail ravi-ravi par sa promotion et avait salué ce -je cite- « petit con de puceau de Joë », en grande conversation avec une fille, pour une fois.
D’une humeur à effeuiller la marguerite et à en ramasser les pétales, ce qui était déjà plus rare, il espérait bien que cette journée commencée sous de si bons auspices s’éteindrait sur un feu d’artifice. Il avait donc appelé Laurène et briquait d’un cœur léger le plan de travail encrassé par Jean-Paul en l’attendant.
Contrairement à Vilma, celle-ci n’avait pas attendu cent sept ans pour débarquer.
- J’étais si impatiente Miguel, je me demandais si tu m’appellerais aujourd’hui, lui confia-t-elle en se précipitant dans ses bras.
Il la rassura tout de suite.
- T’avais pas à t’en faire, poulette, y avait pas de danger que j’oublie ! Mais on va pas rester là à se regarder dans le blanc des yeux, viens dans ma chambre, on sera peinards.
- Whoaouh, le lit ! T’en as de la chance, un grand lit pour toi tout seul, nous on n’a que des lits une place, souligna Laurène en tâtant la literie. Et il a l’air confortable en plus, c’est du mérinos le matelas ?
Qu’est ce qu’il en savait, je vous le demande ? C’était un bon matelas, pour sûr, il l’avait payé assez cher, mais de là à savoir si c’était du méritruc ou autre chose… il avait pas regardé l’étiquette ! Il mit fin à l’interrogatoire
- Tu voudrais pas plutôt te détendre ? Tu me fatigues à rester debout.
A peine Laurène avait-elle accepté de monter sur le lit, qu’il se rua sur elle. Ils avaient perdu assez de temps.
- Mais… qu’est ce que tu fais ? Tu es fou ? protesta faiblement Laurène.
Comme si elle s’y attendait pas ! Je vous jure les nanas, ce que ça peut faire comme chichis. Elle demandait pas mieux, ça crevait les yeux, alors, pourquoi tant de manières ?
Il avoua
- Oui, je suis fou ! Fou de toi Laurène, tu vois pas que j’en peux plus, là ?
Elle implora d’une voix de gamine
- Tu m’aimes pour de vrai, alors ?
Comme si la question se posait ! Il lui cloua la bouche d’un baiser et quand il souleva sa jupe, elle ne protesta pas… ou si peu.
Ils terminèrent la soirée devant un film d’amour à la télé.
Image du bonheur parfait.
![]()
Après le départ de Vilma, Donna avait enfin pu penser à elle. Elle avait encore en tête les recommandations d’Abdoul : « Je vous demanderai de vous mettre sur votre 31, quand je sors avec une femme, j’aime qu’elle soit élégante ». Allait-elle réussir le test ? Ce rouge n’était pas trop voyant ? De toutes façons, elle n’avait pas le choix : une seule robe dans sa garde-robe et elle l’avait achetée en solde pour se rendre à un mariage. Si seulement elle avait eu les cheveux de Vilma, elle se serait fait une coiffure. Mais-bon, il fallait se résigner, on ne change pas la nature.
Laurène avait été sympa, elle lui avait donné des boucles d’oreille et le collier assorti. Elle avait eu beau protester
- T’es sûre que tu vas pas le regretter ? Je te les rendrai, si tu veux
Elle lui avait mis la parure en main, d’autorité
- Tu peux les garder, j’en ai d’autres ! Je t’en prie Donna, tu me vexerais.
Elle prit les clés de la Smoogo. Une dépense dont elles auraient pu se passer, mais les filles avaient tellement insisté.
- Rha, Donna, les gars en ont bien une, eux ! C’est pas la ruine, une Smoogo. On n’a qu’à se cotiser pour l’acheter.
Elle avait tiré à regret sur ses maigres économies. Si elle avait retenu une chose de son enfance misérable, c’était de la valeur de l’argent. Si ses parents en avaient eu, elle aurait pu suivre des études, au lieu de se retrouver en apprentissage à 16 ans. Apprentissage qui n’avait débouché sur rien. La coiffeuse qui l’employait lui avait donné son congé, dès la fin de son contrat.
Elle consulta la pendule du tableau de bord et poussa un soupir de soulagement. Il lui avait bien recommandé d’être à l’heure.
En pénétrant dans le luxueux établissement, elle n’en menait pas large. Et si Abdoul s’était ravisé, finalement ? Que penseraient les employés en la voyant repartir sans même prendre un verre au bar ? Le moindre cocktail de jus de fruit devait coûter la peau des fesses, ici.
- Donna, par ici, Donna !
La voix d’Abdoul ! Elle le rejoignit côté bar.
- Oh-mais quelle élégance, Donna, merci !
Elle rougit sous le compliment
- Alors, je ne vous fais pas trop honte ?
Il la saisit par les épaules l’obligeant à le regarder au fond des yeux
- Est ce que j’ai l’air d’avoir honte ?
- N-non, balbutia Donna.
- Pourquoi voudriez-vous me faire honte ? Vous êtes, de loin, ce qu’il y a de mieux dans cette salle. Vous avez vu l’allure des gens ? Ils ne prennent même plus la peine de s’habiller pour sortir.
Elle jeta un regard autour d’elle, et constata qu’il disait vrai.
Les haut-parleurs diffusaient une douce musique d’ambiance. Abdoul. L’invita pour un slow.
Donna accepta avec quelques réticences
- Si vous voulez… Nous n’allons pas nous faire remarquer ? On ne va pas nous jeter dehors ?
- Vous savez, tout dépend de votre porte-monnaie. Si vous y mettez le prix, vous pouvez tout vous permettre, on ne vous jettera jamais dehors. Ne pensez à rien, Donna, dansons !
La musique les enveloppait et Donna se laissa bercer. C’était facile après tout, il suffisait de fermer les yeux et le monde se résumait à eux. Abdoul avait resserré son étreinte et elle posa la tête sur son épaule avec confiance. Jamais elle ne s’était sentie si protégée, en totale sécurité. On aura beau dire, les bras d’un homme…
Abdoul la ramena sur terre en lui murmurant à l’oreille
- Il faudrait peut-être penser à aller manger.
Il demanda une bonne table et voulut faire un esclandre en découvrant qu’on les avait placés à côté des cuisines.
- Ah-mais, ça ne se passera pas comme ça. Pour qui nous prennent-ils ? J’ai demandé une bonne table, pas un recoin !
- Il n’avaient peut-être pas le choix, plaida Donna,
- Pas le choix ! Mais regardez donc, il y a des tables libres un peu partout. Non-non, ils vont nous changer de place, ça je peux vous le garantir !
Il s’apprêtait à se lever, mais Donna l’en dissuada. Elle lui saisit la main et l’obligea à se rasseoir
- Est-ce vraiment si important ? Je me plais bien dans ce petit coin.
- Vous avez peut-être raison. Mais ça ne m’empêchera pas de leur dire ma façon de penser.
- N’en faites rien ! Ne gâchons pas une si belle soirée. Vous tenez tant que ça à être la cible de tous les regards ? Au moins, là, nous serons tranquilles.
- J’aurais tellement voulu que tout soit parfait, expliqua-t-il.
Ils commanda des crevettes marinées au citron vert et finit par se calmer. Au cours du repas, ils se mirent à se tutoyer. Puis, le vin aidant, il lui confia ses ambitions.
- Le fric, le fric ! Il n’y a que ça de vrai. Avec lui, tu peux tout avoir, l’amour et le reste.
- L’amour ? s’étonna Donna
- T’es pas d’accord ? Tiens, si tu allonges assez de billets, je connais pas une fille qui résiste.
Donna le prit pour elle et se renfrogna.
- Excuse-moi, je ne me sens pas bien, dit-elle en quittant la table précipitamment.
Abdoul lui courut après
- Donna ! Donna ! Qu’est ce qui te prend ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
Elle était au bord des larmes.
- Si tu as cru que j’étais ici pour ton argent… je regrette, Abdoul. Je croyais que tu avais des sentiments pour moi, mais je me faisais des illusions. On va se quitter bons amis. Tu trouveras une autre fille à acheter.
Elle s’engouffra dans la voiture et put enfin donner libre cours à ses larmes. Sur le trajet, elle se faisait des reproches
- Grand Sim, ce que tu as pu être gourde, ma pauvre fille ! Qu’est ce que tu t’imaginais ? Qu’il t’avait invitée pour tes beaux yeux ? Pourtant, il avait l’air… mais-non, tu vas pas recommencer ! Il te l’a clairement expliqué : pour lui, l’amour, c’est comme le reste, il suffit d’y mettre le prix. T’as pas encore payé assez cher pour le comprendre ?
![]()
14 juillet 2006
A/9 Les pépins de l’amour
Laurène n’était pas très bien, ce matin au petit déjeuner.
- Pourvu que je sois pas… Nan, c’était peu probable. Elle ne l’avait fait qu’une fois et Miguel lui avait promis de faire attention. Alors, pourquoi se sentait-elle si fatiguée, si barbouillée. Elle essaya de se rassurer et se força à avaler son bol de corn flakes.
- Bof, ça va passer, une petite baisse de forme, c’est rien.
Elle se sentit observée. Pourquoi Donna la fixait-elle avec cette tête d’enterrement ? Elle lança :
- Bonjour, ça va Donna ?
- Oui, ça va, répondit Donna sans grande conviction.
- Oooh, ça n’a pas l’air d’aller bien fort. Tu t’es bien amusée hier soir ?
- Si tu veux, on n’en parle pas, coupa Donna.
Comme si Laurène allait se contenter de cette réponse.
- Assieds-toi et raconte-moi, ordonna-t-elle. Il n’était pas là, c’est ça ?
Donna secoua la tête en signe de dénégation,
- Si, il y était.
- Ben alors ? Qu’est ce qui s’est passé ? Il t’a plaquée avant de rentrer ?
- Nan, c’est moi qui l’ai plaqué. Mais je préfère pas en parler.
Elle changea de conversation
-Et toi Laurène ? Je te regardais, tu m’as pas l’air en bien grande forme.
- Bof, ça va, on fait aller. On va pas commencer à s’écouter, hein, ma grande ?. Je vais pas te demander des détails, je sais que tu ne diras rien. Mais si c’est toi qui l’a plaqué, c’est que t’avais de bonnes raisons. Alors, cheeze ! Souris un peu, un de perdu, dix de retrouvés !
Elle se leva de table.
Donna eut un pauvre sourire et approuva
- Comme tu dis. Suffit de miser sur le bon cheval. Tu vas voir Miguel aujourd’hui ?
- Ouais, mais je sais pas à quelle heure. Il a changé de boulot. Il est caissier de station service, ça le gonflait de ramasser des balles. Elle eut comme un étourdissement
- Bouh, je crois que je vais aller m’allonger, je suis fatiguée, je sais pas ce que j’ai, dit-elle en regagnant sa chambre.
- Donna ! Téléphone, pour toi !
Sally lui tendait le combiné.
- Je suis pas là ! répondit-elle
- Mais… la main sur le haut-parleur, Sally chuchota : c’est Abdoul !
- Raison de plus ! Dis-lui que je me suis lancée dans une omelette norvégienne, que j’attends mon astrologue, qu’il y a une émission de télé que je veux absolument pas rater… raconte-lui n’importe quoi, mais je ne veux pas lui parler.
Parmi toutes ces bonnes raisons, Sally choisit la plus crédible
- Elle n’est pas là, désolée ! J’avais cru, mais je me suis trompée. Elle en profita pour demander : Est ce que Jean-Paul est disponible ?
Donna attendit quelques instants espérant peut-être qu’Abdoul ne se laisserait pas décourager. Qu’il allait répondre qu’il savait pertinemment qu’elle était là et insisterait pour lui parler. Ce qu’elle aurait fini par faire, ne serait-ce que pour entendre ce qu’il pouvait avoir à dire pour sa défense.
Mais Sally s’était lancée dans une conversation sans fin. Elle pensa qu’elle ferait mieux d’étudier n’importe quoi, plutôt que de rester là, à se ronger inutilement.
Dès qu’elle eut tourné les talons, Sally interrogea
- Que s’est-il passé entre Donna et Abdoul, pour qu’elle ne veuille plus lui parler ? Tu es au courant, toi Jean-Paul ?
Vous pensez bien ! On pouvait compter sur Jean-Paul pour être au courant des ragots.
- Ah, un terrible malentendu, d’après Abdoul. Il avait un peu bu hier soir, il sait pas ce qu’il a pu dire, mais elle est partie subitement en disant qu’elle était pas à vendre.
- Elle a dit CA ?! s’écria Sally. Comment a-t-elle pu lui dire ça ? Et Abdoul, qu’est ce qu’il en pense ?
- Oh, Abdoul, il s’en veut à mort. Elle lui plait vraiment ta copine. Mais-bon, moi j’en sais pas plus, j’ai rien pu lui soutirer d’autre. Tu passes me voir après ton travail ?
- Bien, sûr ! Tu m’aimes toujours ?
- Plus que jamais.
- Moi aussi, je t’aime.
- Je t’embrasse.
- Moi aussi, je t’embrasse.
![]()
Ils s’embrassèrent ainsi, par téléphone interposé, jusqu’à ce qu’André sonne à la porte.
- Bonjour, je voudrais voir Vilma.
- Ah, vous n’avez vraiment pas de chance, Vilma n’est pas là, elle vient de sortir, l’informa Sally.
- Elle est sortie ?! Où est-elle allée traîner ? lança-t-il sur un ton de reproche. Si ce n’est pas trop indiscret, ajouta-t-il en voyant Sally froncer les sourcils.
- Ca l’est ! Mais c’est pas un secret : Elle est allée visiter le chantier. Vous n’avez pas remarqué que le quartier est tout en travaux ? On parle d’un nouveau lotissement, d’un centre commercial, de tout un tas de choses. C’était dans le journal de ce matin.
- Bon, je vais l’attendre ! décida-t-il en se laissant tomber sur le canapé.
OUICH ! Il avait oublié combien il était inconfortable. Il s’apprêtait à demander quand elles se décideraient à en changer, mais il se ravisa. Ce n’était peut-être pas très gentil. Il respira un grand coup,
- Restons zen ! Après tout, ces pauvres filles font avec leurs petits moyens.
C’est dire si la découverte de sa gentillesse l’avait métamorphosé.
- Ah-tiens, vous êtes là André ? Vous pensez à notre partie d’échecs ? lui demanda Mandy.
- Heu, en fait, j’étais venu voir Vilma. Mais, comme elle n’arrive pas, dit-il en regardant ostensiblement sa montre… pourquoi pas ? Ca m’aidera à patienter.
- Il vous faudra beaucoup de patience ! l’informa Mandy.
Il eut l’air dépité
- Ah-bon ! Elle part souvent comme ça ? Je n’aime pas beaucoup qu’on me fasse attendre.
Elle rectifia
- Elle savait que vous viendriez ? Alors, elle va peut-être pas tarder.
- Heu… non, je voulais lui faire une surprise,
- Oooh, alors… elle agita la main l’air de dire : elle est peut-être pas prête de rentrer.
Il y avait près de deux heures qu’ils jouaient, et André prenait sa pâtée. Ce qui avait des effets néfastes sur sa gentillesse innée.
- C’est pas possible, mon vieux, reprends-toi. Tu vas quand même pas te laisser battre par une fille ! D’ailleurs, depuis quand les filles jouaient-elles aux échecs ? Elles n’avaient pas des choses plus importantes à faire ? Des choses de filles : la cuisine, le ménage, faire les lits, arroser les fleurs… il aurait trouvé à les occuper, lui, on pouvait lui faire confiance. Tout ça, c’était depuis qu’elles s’étaient mises en tête de travailler. Les valeurs morales fichaient le camp, comme le reste.
- Oui-bon, ne nous laissons pas distraire… je suis mal, là ! réagit-il.
Aux grands maux, les grands remèdes. Il fallait sauver l’honneur.
- Tiens ! C’est pas Vilma qui arrive là ? dit-il en désignant, Dieu Sim sait quoi, derrière Mandy. Celle-ci, se retourna, une fraction de seconde. Une fraction de trop. Il déplaça subrepticement sa tour et un cavalier et claironna
- Echec et mat !
- Comment ça, échec et mat ? s’indigna Mandy.
- Hé-oui ! Vous êtes mat ! Bon, c’est pas le toutou, mais faut que je rentre, coupa-t-il en balayant les pièces d’un revers de manche. C’est quand vous voulez pour la revanche. Ah, quand vous verrez Vilma, dites-lui bien que je l’ai attendue. J’espère qu’elle comprendra.
![]()
Joë était bien embêté. Avant de partir, Abdoul lui avait confié une mission, genre impossible : Persuader Donna de venir chez eux. C’était pourtant pas faute de bonnes raisons pour refuser
- Donna ? Mais je la connais même pas ! Comment je pourrais la persuader ?
- Ecoute, mon vieux, si je m’adresse à toi, c’est parce que t’es censé être le plus intelligent de la bande. Je sais pas moi, creuse-toi la tête, fais marcher ta cervelle d’Einstein.
Voilà tout ce qu’il avait trouvé à lui répondre. Et lui, maintenant, après s’être foré les méninges toute la sainte journée, n’avait pas avancé d’un poil sur le chemin de la solution.
Il avait pensé en parler à Mandy. Mais celle-ci lui avait répondu que Donna et elles étaient en froid à cause d’une plaisanterie qui aurait mal tourné… d’après ce qu’il avait pu comprendre. Enfin, la nuit était tombée, Abdoul allait arriver, et toujours pas de Donna. En désespoir de cause, il essaya de joindre Sally, mais tomba sur Vilma. Il tenta le tout pour le tout.
- Vilma, c’est une question de vie ou de mort. Pourriez-vous venir avec Donna ?
- Nan, pas question, je suis crevée. Je me suis tapé le quartier à pinces toute la journée, je n’aspire plus qu’à me mettre au lit. Répondit Vilma.
- Vilma ! supplia Joë, faites quelque chose ! Je vais me faire tuer, moi !
- Bon, je vais voir ce que je peux faire, promit-elle.
Mouais, à vue de nez, c’était pas gagné ! Mais quand Vilma se mettait en quatre pour rendre service, elle ne faisait pas les choses à moitié. Elle prit une voix de circonstance :
- Donna… Sois courageuse, Donna !
- Quoi ? Il s’est passé quelque chose de grave ? s’affola Donna, lâchant sa salade de gésiers.
- Abdoul… elle laissa planer le suspens,
- Oui, hé-bien, quoi, Abdoul, parle !
- Nan, il vaut mieux que tu ailles voir toi-même.
Donna poussa un grand cri
- MORT ?! Ne me dis pas qu’il est…
- Nan, pas encore, tu peux prendre le temps de t’habiller. Mais fais vite, lui conseilla-t-elle.
C’était pas la peine qu’elle le précise. Donna enfila son pantalon, son tee-shirt et courut jusqu’à la maison. Son doigt tremblait sur la sonnette
- Abdoul, Grand Sim, Abdoul ! Faites qu’il soit encore…
Vivant ! Il était vivant ! Il se dressait là devant elle, plus vivant que moi, tu meurs.
- Bonsoir Donna.
- Bonsoir Abdoul. Tu… tu avais quelque chose à me dire ?
- Assieds-toi, suggéra, Abdoul, en la poussant doucement vers le canapé. Ce ne sera pas long, je te rassure. Hier soir, tu t’en es peut-être pas aperçue, mais j’avais un peu trop bu. -Je t’arrête tout de suite, c’est pas dans mes habitudes. Sais-tu pourquoi, j’avais trop bu, Donna ?
- Non. Parce que tu étais de sortie ? En tous cas, c’est pas une excuse, prévint-elle.
- Nan, mais écoute : J’avais trop bu parce que j’avais tellement peur de te déplaire.
Elle s’étonna.
- Qu’est ce que tu me chantes, là ?
Il se leva d’un bond.
- C’est la pure vérité, Donna ! Depuis le début de la soirée, j’avais pas arrêté d’accumuler les gaffes.
- Je n’ai pas remarqué, avoua Donna.
- T’as pas remarqué ? T’as pas remarqué qu’on était les seuls à danser au bar ? T’as pas remarqué que si tu m’avais pas retenu, j’aurais cassé du maître d’hôtel ? T’as pas remarqué, vraiment ? Et toi… toi, tu avais l’air d’une reine. Tu es une reine, Donna, une véritable reine, et je parle pas que des reines de beauté. Je t’aime Donna. Comment as-tu pu en douter ?
- Mais… Donna baissa les yeux et articula avec peine : Je n’ai pas d’argent, Abdoul. Je ne voudrais pas que tu penses que je cours après le tien.
- Le mien ?! Le MIEN ! Ha-ha, elle est bien bonne ! Mais je suis comme toi, je suis fauché ! Tu veux que je te dise ? Pour cette soirée, j’ai emprunté à des collègues. Mais je te promets, que j’en aurai. Un jour, je serai riche et cette richesse, Donna, c’est avec toi que je la partagerai. Avec toi, et personne d’autre !
- Je te parie à dix contre un, qu’il va finir par la convaincre, prédit Jean-Paul en l’entendant supplier
- Donne-moi une seconde chance, Donna. Je t’emmènerai où tu voudras.
- Parie sans moi, c’est couru d’avance ! répliqua André.
La réponse fusa :
- A une condition, alors… surtout, ne te mets pas dans les frais. L’argent sort plus vite qu’il ne rentre.
- Tu vois ce que je t’avais dit ? conclurent, les deux hommes d’une seule voix.
![]()
18 juillet 2006
A/10 Le poids du monde
Le quartier s’était couvert de constructions comme un sous-bois de champignons après l’ondée. Pour faire face à cet essor, la police de Felicidad avait besoin de nouvelles troupes. Leurs supérieurs n’avaient pas été sans remarquer la forme physique de Sally et Mandy et je ne vous parle pas de leurs formes tout court. Ils leur proposèrent de l’avancement.
Elles plaisantaient en se congratulant mutuellement.
- Elève officier Mandy au rapport, mon commandant !
Sally fit la grosse voix :
- Vous pouvez garder le silence, tout ce que vous dites peut-être retenu contre vous. Où comptez-vous passer la nuit du 03 juillet ?
- Je vais rejoindre mon complice, Joë Tudy, pour me faire inviter à un rendez-vous que j’espère paradisiaque. Et vous, élève officier Sally ? Quels sont vos projets pour ce soir ?
- Je compte cuisiner le suspect Jean-Paul Pullaire et je ne le lâcherai pas avant qu’il m’ait renouvelé ses aveux.
Elles éclatèrent de rire et Mandy proposa
- On y va ?
Allongée sur le nouveau lit, qu’elle avait compté étrenner avec super-mariol, les mains plaquées sur le ventre, Laurène en avait gros sur le cœur et la patate. Miguel n’avait pas téléphoné. Toute la journée, elle s’était traînée du lit au canapé et du canapé aux toilettes. L’idée qu’elle était peut-être enceinte, avait fini par faire son chemin et elle aurait tellement voulu en parler avec l’heureux futur papa.
Elle avait besoin de se confier et Vilma était seule disponible. Elle la rejoignit sur le canapé où celle-ci se massait les pieds tranquillement.
- Vilma, je voudrais te confier quelque chose, mais promets-moi que tu n’en parleras à personne,
Vilma promit qu’elle garderait le silence. -Ca n’engage à rien, tout le monde dit ça.
- Je me demande si je suis pas enceinte
- Enceinte ? s’étonna Vilma, mais qu’est ce qui te fait dire ça ?.
- Oh, un peu tout, je suis fatiguée, j’ai envie de vomir, j’ai les seins enflés…
- Tu en as parlé à Miguel ?
- Ben nan, c’est ça le problème. Il est pas venu me voir aujourd’hui, il a même pas téléphoné. Vilma, j’ai peur, qu’est ce que je dois faire ?
- Mais il faut que tu lui en parles. Tu dois le faire, Laurène, c’est lui le père !
- Si tu crois que c’est facile ! répliqua Laurène. Qu’est ce que je lui dis ? Que dans trois jours, je vais me retrouver avec un ventre comme ça ! Elle estima à vue de nez l’ampleur du dégât.
- J’ai jamais dit que c’était facile, mais tu dois le faire ! répondit Vilma. Tu vas pas garder ça pour toi. Il a pris des risques, faut qu’il assume.
- Mais… et s’il est pas prêt à assumer ? S’il me rejette, Vilma ? Vilma, dis-moi ce que je dois faire, implora Laurène.
- Oh, tu m’énerves ! lança Vilma, qui avait horreur des coupeurs de cheveux en quatre. Elle se leva, signifiant que pour elle, la conversation était terminée.
Laurène, dure à la comprenette, continuait sur sa lancée, la voix de plus en plus larmoyante
- Mais Vilma, tu peux pas me laisser comme ça ! Dis-moi ce que je dois faire ? Qu’est ce que tu ferais, toi, à ma place ?
- Je te l’ai déjà dit ce que je ferais ! J’irai le trouver et je le mettrais face à ses responsabilités. Il a profité de toi ? Ben, qu’il récolte ce qu’il a semé. Et c’est pas la peine de me re-redemander ce que tu dois faire, prévint-elle, coupant l’herbe sous le pied de Laurène, moi aussi je suis fatiguée, je finis ma vaisselle et je vais me coucher.
![]()
Oh, comme il lui avait manqué ! Oh, qu’il faisait bon le retrouver, l’Apollon dans la pénombre. Toujours ce sourire enjôleur au coin des lèvres qui avait le don de lui faire battre le cœur à l’andante. Sally renouvela le geste qui lui avait si bien réussi la veille. Elle lui prit gentiment le menton et approcha ses lèvres des siennes.
Jean-Paul, tel un loup affamé de tendresse, l’enveloppa de ses bras musclés et fit ployer la tendre agnelle sous un baiser brûlant de passion, qui ne demandait qu’à s’exprimer.
Où va-ton, non-mais, où va-t-on, si les interrogatoires musclés de la police se déroulent de cette façon ? La pauvre Sally en était toute retournée.
- Wouaouh, Jean-Paul, et moi qui venais dans l’intention de jouer au gendarme et au voleur. Comment veux-tu que je t’interroge si tu me bâillonnes de baisers ?
- Tu voulais savoir quoi, ma puce ?
- Je voulais savoir si tu m’aimais, mais je crois que j’ai ma réponse dit Sally à qui l’amour donnait non seulement des ailes, mais également de l’assurance. Enfin, jusqu’à un certain point, car lorsqu’il lui proposa d’aller se détendre sur le lit, tous les clignotants se mirent au rouge.
- Serait-ce bien raisonnable, Jean-Paul ?
- On ne fera rien de mal, je te promets. Je voudrais juste être seul avec toi, te faire un petit câlin, lui assura-t-il.
Mmmouais, si c’est qu’un câlin, je veux bien. Attention Jean-Paul, je t’ai à l’œil ! Faudrait pas nous la dévoyer notre innocente petite Sally. Pas avant les formalités d’usage : bague au doigt et arche de mariage. Non-mais des fois !
![]()
Joë était tombé du petit nuage sur lequel il flottait depuis l’après-midi quand Miguel lui avait annoncé :
- Bouge-toi, Joë, lâche tes bouquins, y a Mandy qui demande à te parler.
- Elle demande à me parler à MOI ?! s’était-il étonné. Tu es sûr ? Nan, tu me fais marcher.
Miguel s’était récrié
- Mais-non, je te fais pas marcher, je te fais courir. Rha, l’andouille, je vois pas ce qu’elle lui trouve.
- Heu… hem, bonsoir Mandy. Paraît que t’as demandé à me voir ?
Mandy ne dérogeait pas au programme qu’elle s’était fixé.
- Oui, Joë. La nuit est encore longue, et je me demandais… T’as vu les nouvelles constructions ?
Ah, c’était de ça qu’elle voulait lui faire part. Ben-oui, il les avait vues, quand même ! Il avait beau avoir la tête ailleurs, ça ne passait pas inaperçu un chantier pareil. Il opina
- Oui, j’ai vu. Il y a un lotissement avec des maisons toutes pareilles
- … et il y a un centre commercial, ajouta Mandy.
- Oui, c’est cela, oui.
… Un ange passe…
- Il y a plein de gens qui sont déjà allés le visiter
- Ah-oui ?
… Un ange repasse…
- Moi j’y serais bien allée aussi. Mais je préfèrerais être accompagnée, insista Mandy
- Pourquoi donc ?
- Ben… Je préfèrerais que tu me demandes de t’y accompagner, Joë.
-Tu…tu voudrais… nan, tu voudrais… un rendez-vous avec… moi ?!
- Mais que ce soit toi qui me le demande, oui, Joë.
Et s’il demandait encore pourquoi… elle y renonçait.
Son premier rendez-vous ! Joë en avait la pomme d’Adam qui jouait du yo-yo. Il avait donné rendez-vous à une fille, lui, Joë Tudy, le souffre-douleur de la classe, l’ado couvert d’acné, le dernier à avoir échangé son premier baiser avec Sophie, la nymphomane, et maintenant Joë le puceau, comme Miguel se plaisait à le lui rappeler…
Et c’était à Mandy, la belle Mandy, aussi intelligente que belle, qu’il avait osé le proposer. C’était gonflé ! Pourvu qu’il se montre à la hauteur.
Il prit place dans la voiture au moment où André rentrait du travail. Il s’empressa de claquer la portière de crainte d’entendre ses sarcasmes.
![]()
Laurène avait tout de même fini par se décider à aller retrouver Miguel. Elle n’eut pas le temps de lui faire des reproches car il proposa d’emblée, en l’invitant du geste à s’asseoir près de lui
- Ah, Laurène ! Justement, je me demandais ce que tu devenais. Je me disais que j’irais bien faire un tour au nouveau centre commercial. J’ai besoin d’une photo pour mon contrat de travail. On aurait pu y aller ensemble, qu’est ce que t’en dis ?
Il avait passé autour d’elle un bras de propriétaire, pelotonnée tout contre lui, elle reprenait confiance en la vie
- Et je pourrais en profiter pour acheter de nouveaux vêtements, je crois que je vais en avoir besoin.
Et puis quoi encore ? Vous le voyez faire du lèche-vitrine et porter les paquets ? C’était pas du tout son genre. Quoique…
- Je pourrais te suivre dans la cabine d’essayage ?
- Miguel ! Qu’est ce que tu vas chercher là ? s’esclaffa Laurène, t’as de ces idées, toi alors !
Il avait toujours l’air aussi amoureux, la main frôleuse, descendait lentement, mais sûrement de l’épaule vers la poitrine. C’était le moment d’en profiter :
- Heu, Miguel, je crois bien… je me demande si je suis pas enceinte.
Plus de main baladeuse, plus de frôlement, il s’écarta d’un geste brusque en s’écriant
- Qu’est ce que tu as dit ?
- Je… je crois que j’attends un bébé, précisa Laurène.
- Un bébé ! Ah, non, pas question ! Mais c’est pas vrai ! Comment as-tu fait ton compte ? Tu prends donc pas la pilule ?
- Miguel, c’était pas prévu. Tu m’avais promis de faire attention, plaida Laurène.
Il aboya
- Oui-ben, c’était pas à moi de faire attention, t’es assez grande pour savoir ce que tu fais ! T’es majeure, non ?! La pilule, c’est pas pour les chiens !
Tandis que pour Laurène, le monde s’effondrait, Miguel continuait à pester
- Elle m’a eu ! Elle m’a bien eu ! « Nan, Miguel, nan ! » et pendant ce temps, elle me préparait un coup en vache. Qui me dit que je suis le père, après tout ? Je les connais les nanas, toutes des Marie-couche-toi-là… Qu’est ce qu’elle raconte ?
Le poids du monde sur les épaules, des larmes ravinant son maquillage, Laurène, comme un naufragé accroché à sa planche, essayait de survivre.
- Peut-être que je me trompe ?!
![]()















































































































































































