22 novembre 2007

Conjugal D/9 : Avis de tempête

CA1abdoul

S’il se figurait qu’il suffisait de le décider pour avoir un autre enfant et que j’allais me retrouver avec un ventre rond et les batteries à plat parce que nous l’avions décidé, Abdoul se faisait des illusions. Il faut dire que pour nos deux garçons chaque coup d’essai avait marqué son but. Abdoul, qui ne supportait pas de se trouver en situation d’échec en était bouleversé au-delà du raisonnable.
- Enfin c’est pas normal ça quand même ! Faudrait peut-être que tu consultes un médecin, me lança-t-il un soir au beau milieu du repas alors qu’il y avait trois jours que nous mettions la moindre occasion à profit pour essayer de faire un bébé.

CA1interroger

C’était malin ! Il avait affolé Thomas qui s’inquiétait à mon sujet.
- C’est quoi qui est pas normal, papa ? Qu’est ce qu’il lui arrive à maman ? Elle est malade ?
Je n’en crus pas mes yeux quand Abdoul entreprit de lui expliquer.
- Nan, elle va bien, mais le moule a bébés semble cassé.
- Il est dans son ventre le moule à bébés ? Il va lui ouvrir le ventre le docteur ? interrogea Thomas, deux fois plus inquiet qu’avant les explications.

CA1intervenir

Il était temps que j’intervienne.
- Nan, mon ventre va très bien, ne t’inquiète pas. Il y a simplement que ton papa est un peu fatigué en ce moment. Il n’est plus aussi performant. C’est peut-être lui qui devrait aller voir un médecin. Un médecin de la tête précisai-je en me tournant vers Abdoul. Ca ne tourne pas rond là-haut ! Je peux demander à Laurène l’adresse du sien si tu veux.

CA1medecin

- Comment il fait le médecin de la tête ? demanda alors Thomas. Il l’ouvre avec un couteau ?
Je crois que nous allons devoir le priver de télé pendant quelques temps. Il est trop impressionnable et il nous fait une overdose d’ « Urgences ». Il faut dire qu’à part l’ophtalmo pour ses lunettes, il n’a jamais eu affaire au médecin de Felicidad.

CA1truc

A son tour, Abdoul me lança un regard réprobateur et se mit en devoir de rectifier :
- Nan-nan, c’est un docteur très gentil qui tombe du ciel comme le père Noël. Mais il apporte pas de cadeaux. Il a un appareil à spirales et il t’hypnotise pour te remettre les idées en place. Tu sens absolument rien et après t’es soulagé. Mais c’est pas demain la veille qu’on le verra à la maison. Je suis pas dingo, quoique puisse en dire maman.
En tous cas, il ne fut plus question de me faire examiner.

CA1bbmath

La petite déception qui avait suivi la naissance de Mathieu fut vite oubliée. Il faut dire que Mathieu est un enfant très facile à vivre, calme, souriant, un amour de bébé. C’est à peine si nous avons eu le temps de nous rendre compte qu’il grandissait.

CA2chambrebb

Nous n’avons pas commis l’erreur de le prendre dans notre chambre comme Thomas. Mais bien qu’Abdoul ait suggéré de mettre son lit au rez-de-chaussée, j’ai tenu à lui installer une chambre à l’étage à proximité de la nôtre. Je me faisais déjà violence en acceptant de m’en séparer la nuit et je tenais à le garder près de moi afin d’être prête à intervenir au moindre problème.

CA2discussion

Mon tempérament de « mère poule » comme disait Abdoul, n’était pas sans susciter des discussions à la maison. J’avais pris deux jours de congés de maternité afin de veiller sur Mathieu ne tenant pas à le confier à Karelle. Je gardais en mémoire le jour où j’avais retrouvé Thomas allongé sur le sol de la cuisine, entouré de biberons moisis. Abdoul m’aida du mieux qu’il put, mais il devait travailler son charisme et disposait de peu de temps. Il m’incita à reprendre le travail.

CA2enfin

- Mais enfin, Dona, tu vas le couver pendant combien de temps encore ? Il est en pleine forme ce petit, ça crève les yeux. Il en mourra pas si tu le confies à une nourrice. Regarde Thomas, est ce qu’il a l’air traumatisé ?
C’était le moment de lui avouer mes projets.

CA2projet

Il me reste encore plein de jours de congés de Thomas. Je pourrais les utiliser et on n’aurait plus besoin de faire venir cette bonne à rien de Karelle Lawson. Elle s’en occupe pas des bébés, elle passe son temps à lire le journal, regarder la télévision, jouer aux échecs et à se faire cuire des homards… quand elle te pique pas ton flouze, et tu crois qu’elle prendrait la peine d’arroser les arbres pour qu’il repousse ? Même pas !

CA2tonflouze

Thomas était offusqué. Il savait le mal qu’on se donnait à entretenir les arbres à sous pour qu’Abdoul ait le plaisir de le ramasser en rentrant du travail.
- C’est vrai, papa ? Elle te pique ton flouze la nounou ?
- Ca a dû arriver une fois ou deux, admit-il. Mais maintenant on prend nos précautions : on enlève la porte !

CA3dunpratique

J’embrayai :
-  C’est d’un pratique !
Et j’expliquai à Thomas qui ouvrait des yeux ronds :
- Parce qu’elle est maligne, la Karelle. On avait bien essayé de verrouiller la porte, mais elle avait senti le vent venir : elle s’est fait faire un double des clés. Et encore, si elle faisait correctement son travail, on pourrait fermer les yeux, mais c’est pas le cas ! Et puis de l’argent, va nous en falloir si je veux monter ma propre affaire.

CA3lache

Le mot était lâché.
- Tu penses à monter une affaire ? s’étonna Abdoul, mais tu m’as jamais parlé de ça ! Une affaire de quoi, d’abord ?
- Un salon de coiffure à domicile. Tu savais pas que j’avais un brevet de coiffure ?
Ben je te l’apprend ! Il y a un petit moment que j’y pense, mais pour t’en parler, encore faudrait-il qu’on puisse se voir autrement qu’en coup de vent entre deux rendez-vous pour tes clients.
- Faut rien exagérer… commença Abdoul, mais puisque l’heure était aux reproches, je poursuivis sur ma lancée.

CA3reproche

- C’est vrai, on te voit jamais. Tu rentres à des heures impossibles et quand t’es pas complètement crevé, tu fais des heures sup à la maison : le charisme, la logique… ça sera quoi après ? La créativité ? Le physique ?
- Je t’en prie Dona, pas devant Thomas, coupa Abdoul. On peut en parler tranquillement entre adultes.
Je me sentis prise en faute constatant que mon petit Thomas semblait mal à l’aise sur sa chaise. C’était la première fois que nous-nous disputions devant lui.

CA4canape

Nous finîmes le repas dans un silence gêné. Ca ressemblait à quoi de lui faire une scène pareille ? Ne m’avait-il pas toujours assuré que s’il tenait tant à faire fortune c’était pour moi avant tout, pour que je soies fière de lui, pour que je ne manque de rien et que nos enfants ne connaissent pas les privations dont nous avions l’un et l’autre souffert dans notre jeunesse ?
Je m’en voulus d’autant plus quand il vint s’asseoir près de moi sur le canapé en m’interrogeant d’une voix douce :
- Alors Dona, si tu m’expliquais cette histoire d’entreprise.

CA4entreprise

J’expliquai :
- C’est une idée qui m’était venue quand tu as fait les transformations dans la maison. Comme le garage ne sert à rien, je m’étais dit qu’on pourrait y installer un salon de coiffure. Ca me permettrait de rester à la maison avec les enfants tout en continuant à gagner de l’argent.
On ne peut pas dire qu’il débordait d’enthousiasme.
- Mmm, je sais pas si ça serait vraiment rentable ton affaire. Tu sais, les commerces à domicile c’est du gagne-petit, j’en connais plus qui font faillite qu’autre chose. Mais si tu y tiens vraiment… il ne sera pas dit que je t’aurais empêché de suivre ta vocation.

CA4exception

J’étais soulagée qu’il accepte mais je ne partageais pas son point de vue concernant la rentabilité de la chose.
- Nan, je t’assure qu’on peut se faire pas mal d’argent si on sait y faire. J’ai quelques notions d’esthétisme et de visagisme et t’as vu la tête des habitants de Felicidad ? Ils auraient bien besoin qu’on s’occupe de leur cas. Je pourrais aussi leur proposer des séances de relookage, il me faudrait un stock de vêtements…
- Tu t’emballes pas un peu vite ? s’inquiéta Abdoul. Je croyais que tu voulais un troisième bébé. Tu y as renoncé ?

CA4renoncer

Je m’empressai de le détromper.
- Ah-mais nan, j’espère bien en avoir un autre. C’est justement… est ce que tu crois que ça vaut le coup que j’aille travailler à l’extérieur avec trois enfants en bas âge ? Surtout que, t’as bien dû remarquer que je brillais pas spécialement sur le stade. Le foot, ça m’a jamais plu tu sais bien.
Il était bien forcé de l’admettre. Mais il me fit une proposition :
- Ecoute Dona, ça serait un peu ridicule de tout plaquer sur un échec. Tiens, je te propose une chose : tu retournes au travail une journée, une seule avant l’anniversaire de Mathieu et ensuite tu pourras profiter de tes congés de maternité et penser à ton affaire. Je suis certain que tu te sous-estimes. Tu vas l’avoir ta promotion. Ca serait quand même bête de perdre l’argent de la prime et tu toucheras davantage d’indemnités pour tes congés.
Quand il s’agit d’argent, on peut lui faire confiance : il sait bien calculer.

CA5dormir

Cette nuit là, après avoir scellé notre réconciliation sur l’oreiller, j’ai dormi d’un sommeil paisible. Une journée de travail et je serais libérée du stade et du foot. Il fallait que je soies en forme si je voulais décrocher cette fichue promotion.

CA5espoir

Et le lendemain… j’étais fière de pouvoir annoncer à Thomas que j’avais été nommée espoir du foot et surtout que maintenant je serais toujours à la maison. J’essayai de savoir comment s’était passé sa journée avec la nounou.
- Ca c’est bien passé avec Karelle ? Elle t’a pas trop embêté ? Elle s’est bien occupée de Mathieu ?   

CA5nounou

- Elle s’appelle pas Karelle, m’apprit-il, elle s’appelle Karine. Mais elle doivent être toutes pareilles les nounous, parce que tu sais maman, elle aussi elle a volé les billets de papa. Je l’ai vue !
Rha, les nounous, quelle sale engeance ! Pas une pour racheter l’autre. Heureusement qu’on en sera bientôt débarrassés !

Posté par fonsine à 18:22 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Conjugal D/9 : Avis de tempête

    Ouuuuh, moi aussi, quand je prends des nounous, elle me prennent mes flouzs sur mon/mes arbre(s). Si je pouvais, je les étranglerais !! Une fois, j'avais des jumeaux bambins et un nourisson, la nourrice est allée se planter devant la télé, le bébé par terre dans la cuisine entouré de paquets de chips, un bambin sur sa chaise haute avec son bol de nourriture moisi qui hurlait, et l'autre dans son lit qui hurlait aussi et qui avait besoin d'être changé.

    Grrr !

    A bientôt pour la suite !

    Posté par clem22, 24 novembre 2007 à 12:15 | | Répondre
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